Frédéric bisson Frédéric bisson
Ex-journaliste et animateur de radio, de retour aux études pour devenir camionneur

À toi, le fonctionnaire, l’entrepreneur, l’employé permanent ou le syndiqué protégé par une convention collective.

À toi qui continues de recevoir un salaire malgré la pandémie. Qui vois apparaître une somme d’argent garantie tous les 14 jours dans ton compte bancaire.

À toi qui n’as pas eu à refaire ton budget d’épicerie quatre fois depuis mars dernier, lors de la fin des programmes temporaires d’aide gouvernementale.

À toi qui as vu le solde de ton compte prendre du mieux parce que tu n’as pas eu la chance de dépenser autant en raison des fermetures imposées par le gouvernement.

À toi qui n’as pas pu partir en vacances en Floride ou dans un tout-inclus de Cuba puisque c’était impossible de te placer en quarantaine et de t’absenter de ton travail (que tu as encore).

À toi qui as les moyens de te payer le forfait complet chez Bell ou Vidéotron en plus d’un abonnement premium à Netflix, Crave, Tou.tv, Club Illico, Disney+, HBO Max et Tinder.

Je sais que tu trouves le temps long et que tu as envie de te rassembler pour le temps des Fêtes. Moi aussi, mais je ne le ferai pas.

Sais-tu pourquoi ? Parce que chaque jour, je me demande comment je vais faire pour passer le temps, n’ayant plus accès à mon forfait de câble ni à mon abonnement Netflix.

Parce que chaque nuit, j’ai froid et ça m’empêche de bien dormir en tentant d’économiser en frais de chauffage, incapable de payer ma facture d’Hydro-Québec.

Parce que chaque matin, je suis doublement prudent et stressé sur la route, ayant dû augmenter au maximum mes franchises d’assurance auto pour économiser.

Parce que chaque semaine, j’aimerais cuisiner plein de belles recettes avec de la farine intégrale, du lait biologique et des ingrédients que j’achetais chez Costco ou chez mon boucher de quartier.

Parce que je suis retourné aux études afin de m’aider à trouver un métier demandé et que j’ai peur de voir ma formation de camionneur remise à plus tard à partir de janvier.

Et parce que dans ma classe, il y a des restaurateurs, des artistes, des entrepreneurs et des parents qui – comme moi – ont peur qu’une recrudescence des cas nous oblige à tout arrêter.

Moi aussi, j’ai envie de voir ma famille à Noël. Tout comme les infirmières qui sont au bout du rouleau et qui se battent sans compter les heures. Mais j’ai surtout hâte de pouvoir recommencer à vivre comme avant. Alors, fais-moi ce cadeau, s’il te plaît : reste chez toi. Tu te paieras un plus gros voyage l’an prochain avec l’argent que tu as économisé, pendant que moi, je vais commencer à payer mes factures accumulées, en transportant la marchandise que tu pourras à nouveau acheter chez Costco et à l’épicerie.

Tu verras, on va tous y gagner quelque chose.

Avec amour, joyeuses Fêtes !