Le temps est venu pour Hydro-Québec de respecter son engagement de créer avec les Premières Nations « des partenariats durables et mutuellement avantageux ». Il ne suffit plus de l’écrire dans une brochure d’entreprise sur papier glacé. Il est temps qu’Hydro-Québec joigne le geste à la parole et assume la responsabilité de ses actions.

Adrienne Jérôme Adrienne Jérôme
Cheffe de la communauté Anishnabeg de Lac Simon, et les chefs de cinq autres Premières Nations*

Depuis de nombreuses décennies, nous essayons de persuader Hydro-Québec de régler nos griefs. Malheureusement, la société d’État persiste inlassablement à se soustraire à ses responsabilités et à renvoyer la balle aux gouvernements.

Le mépris historique d’Hydro-Québec à notre égard nous oblige désormais à laver son linge sale aux États-Unis, où elle compte vendre des milliards de dollars d’électricité. Dans ce contexte, nos Premières Nations collaborent avec des organisations américaines vouées à l’environnement et à la justice sociale qui ont, tout comme nous, la ferme intention de contrecarrer ses projets de lignes de transport vers Boston et New York.

Notre ultime recours consiste à révéler à la société américaine le caractère immoral de l’électricité offerte.

Nos terres ancestrales ont été dévastées pour la produire. Nous avons été chassés de nos territoires traditionnels et privés de notre mode de subsistance, sans le moindre égard à nos droits constitutionnels et humains. Hydro-Québec nous a ainsi brutalement et durablement précipités dans un chaos social sans précédent.

Campagne de désinformation

Hydro-Québec doit mettre fin à sa campagne de désinformation concernant ses prétendues bonnes relations avec les communautés autochtones. En 1975, la Convention de la Baie-James lui a été imposée par les tribunaux. Depuis lors, elle n’a manifesté aucune empathie à notre égard, bien qu’elle ait usurpé nos territoires traditionnels. Malgré le fait que les droits fondamentaux de tous les peuples autochtones soient ancrés dans la Constitution, nous concluons de l’attitude d’Hydro-Québec qu’il existe deux classes de Premières Nations : celles dont les droits doivent être respectés, et celles dont les droits peuvent être bafoués.

En vertu de la Loi constitutionnelle de 1982, les gouvernements ont l’obligation de tenir compte de nos droits. Hydro-Québec, une société d’État détenue à 100 % par le gouvernement du Québec, doit désormais respecter cette assise fondatrice de la société canadienne.

Il est plus que temps qu’elle se mette au diapason constitutionnel en mettant en œuvre une politique honorable pour rendre justice aux Premières Nations qui ont été dépossédées par ses projets. À l’échelle du Canada, Hydro-Québec est toutefois en queue de peloton parmi les producteurs d’énergie. Son équivalent ontarien, l’Ontario Power Generation, a mis en place une telle politique et, depuis 1992, a conclu 23 règlements avec 21 communautés, mettant un terme à la majorité des griefs historiques. Nalcor a conclu une entente avec les Innus du Labrador au sujet de Muskrat Falls. Manitoba Hydro est partie prenante dans le Northern Flood Agreement. Énergie NB négocie avec les Premières Nations affectées par ses ouvrages.

Il est intolérable qu’Hydro-Québec se conforte sereinement dans sa position de dernier de classe sur une question aussi fondamentale. Nous dénonçons ce comportement séditieux.

Nous convenons et acceptons qu’Hydro-Québec puisse contribuer au bien-être des Québécois. Nous comprenons plus difficilement qu’Hydro-Québec désire maintenant contribuer à celui de la société américaine alors que nous vivons collectivement sous le seuil de la pauvreté.

La mainmise d’Hydro-Québec sur nos terres ancestrales doit prendre fin. Il en va de même pour les énormes profits réalisés à nos dépens. Nous désirons sans ambiguïté être indemnisés, mais, avant tout, être respectés. C’est une question de dignité humaine.

* Cosignataires : Monik Kistabish, cheffe de la communauté Anishnabeg de Pikogan ; François Neashit, chef du Conseil des Atikamekw de Wemotaci ; Mary Ann Nui, grande chef adjointe de la Nation Innue du Labrador ; Régis Pénosway, chef de la communauté Anishnabeg de Kitcisakik et Jean-Marie Vollant, chef du Conseil des Innus de Pessamit