Cher père Noël, j’ai repassé sans cesse ces mots dans ma tête pour essayer de leur donner un sens et j’en viens à cette simple conclusion : non, ça ne va pas. J’ai l’impression que nous, les jeunes, nous nous noyons depuis quelques mois déjà. Essayant de remonter à la surface pour reprendre notre souffle, mais coulant de plus en plus vers le fond, tirés par des lianes nous serrant l’estomac. Réussissant autrefois, perdant maintenant.

VICTORIA GIGUÈRE VICTORIA GIGUÈRE
16 ans, élève à l’école secondaire d’Oka

Les chiffres au coin des feuilles qui dégringolent à une vitesse folle, le temps qui s’enfuit de nous. On nous dit que les années de notre jeunesse seront les plus belles de notre vie. Que l’on rencontrera de nouvelles personnes et que l’on vivra de « grandes expériences ». Je crie au canular, plus communément appelé la bullshit. Je n’ai jamais vu autant de gens pleurer pour cette simple institution qu’est l’école. Les sourires échangés dans le passé sont désormais perceptibles seulement pour ceux qui savent observer.

Il paraît que les yeux sont le miroir de l’âme. Ceux de mes pairs ne m’ont jamais autant paru vides et sombres.

Comme si nous étions tous devenus des âmes meurtries et numérotées, victimes de cette situation. Une situation où notre opinion n’est jamais demandée.

À l’origine, le système éducatif est censé nous permettre d’apprendre, mais aujourd’hui, j’ai l’impression d’être un rat de laboratoire. Testée sans cesse avec comme but de nous jeter dans un monde totalement incertain. Des rongeurs qui espèrent avoir mérité une belle note en récompense de leurs efforts et de leur acharnement. Malheureusement, particulièrement cette année, le résultat n’atteint pas nos attentes. Le mal de recevoir une mauvaise note n’est pas seulement douloureux à la réception de celle-ci. L’appréhension de la réaction ou de la déception en provenance des autres est comme un deuxième coup de hache sur une jambe brisée. N’avons-nous pas déjà assez d’angoisses comme cela ? Il faut en plus avoir le poids de notre avenir sur les épaules avant même d’avoir appris à calculer des impôts.

J’ai 16 ans et ma carrière de rêve semble glisser entre mes doigts à quelques pas du but. Vous allez me dire : « Trouve l’équilibre, c’est la solution. » Comment trouver un équilibre lorsqu’une des sphères de notre vie dévore les autres ?

J’entends souvent que la conversation règle les conflits, mais à quoi bon converser si nos mots tombent dans l’oreille de sourds.

En somme, père Noël, nous sommes largués, et les adultes ne semblent pas près de vouloir nous écouter. Peut-être préfèrent-ils se fermer les yeux en jouant la carte du « Nous avons des problèmes aussi à régler ».

Dans tous les cas, je tiens à mettre en évidence que nous manquons d’air et que nous aurions besoin de bouées de sauvetage au plus vite, avant qu’il soit trop tard pour certains d’entre nous. Nous en avons plus qu’assez de jouer la carte du masque joyeux, nous avons un cœur déchiré caché derrière. Alors voici ce que je souhaite pour ce Noël : que notre chute vers le plus profond des abysses s’arrête.