Le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ) s’est vu récemment invité à participer aux consultations portant sur ce que le ministre Lionel Carmant a nommé l’ensemble du continuum de services en santé mentale, la promotion de la santé mentale et les mesures de soutien dans la communauté, en vue du prochain plan d’action interministériel en santé mentale.

Dominic Dubois Dominic Dubois
Agent de recherche et de rédaction au Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec, et quatre autres signataires*

Confiants de l’ambition du gouvernement de faire de la santé mentale autre chose que « le parent pauvre » du système de santé québécois, nous participerons avec joie au processus, bien que nous aurions aimé que ces consultations soient davantage représentatives et démocratiques. Pensons notamment ici à l’exclusion de nos partenaires des Portes-Voix du rétablissement.

En parallèle avec l’exercice auquel nous avons été conviés, nous aimerions à notre tour inviter le ministre Carmant à une réflexion similaire, à tout le moins à une prise de conscience à notre avis essentielle à l’élaboration d’un futur plan d’action.

Cette prise de conscience consiste à mettre à jour le continuum de souffrances que génère trop souvent ce que le ministre appelle le continuum de services de santé mentale et qui fait du système de soins en santé mentale un système qui, parfois, blesse plus qu’il ne « guérit ».

Depuis près de 40 ans déjà, notre Regroupement porte une parole par et pour les personnes premières concernées par la santé mentale. Nos archives, même les plus récentes, sont riches d’associations d’idées autour des thèmes de l’hôpital, de la psychiatrie et des soins, qui trop souvent renvoient à un manque d’écoute, d’empathie et de compassion ; à des menaces, à de l’intimidation et à des violences physiques et symboliques. Comment se fait-il que le vocabulaire de tant de témoignages d’hospitalisation évoque encore aujourd’hui des expériences presque carcérales, d’isolement, d’internement, de contention ? Comment se fait-il que tant de personnes dénoncent le manque d’empathie, de compréhension, ou de bienveillance du système de soins qui se dresse devant eux ?

Témoignages

En lien avec la quatrième journée de l’Alternative en 2016, la plateforme « J’ai une histoire » nous a permis de recueillir de nombreux témoignages en lien avec les enjeux de santé mentale, notamment sur les « remèdes » et les « soins » qui devraient y répondre. Or, devant ces témoignages, nous nous interrogeons. Peut-on vraiment parler de soins quand les électrochocs sont présentés à des personnes en profonde détresse comme leur dernier recours, alors que l’on connaît les risques qu’ils comportent encore aujourd’hui ? Le ministre Carmant rappelle souvent sa formation de neurologue : accepterait-il de se soumettre à un tel traitement ? S’agit-il vraiment de « réponses » à la souffrance quand les diagnostics viennent masquer des drames d’une tout autre nature que la santé mentale, médicalisant des problèmes davantage sociaux que psychologiques ? Peut-on vraiment parler de « soins » quand les appels au secours lancés par les personnes ne sont parfois pas assez « forts » pour être entendus, laissant les personnes seules à seules avec leur détresse ? Dans d’autres cas, le même système de soins fait que les appels à l’aide sont identifiés comme trop « forts », au point qu’ils mènent à des gardes en établissement.

La remise en cause des idées de « soins », de « remèdes », de « guérison » à laquelle oblige la longue liste de témoignages recueillis par le Regroupement apparaît sans appel.

Que l’on se comprenne bien, il ne s’agit pas ici de remettre en cause l’expertise, l’altruisme ou la bonne volonté des travailleurs du réseau de la santé, mais bien de souligner que le système de soins de santé mentale blesse aujourd’hui plus qu’il ne « guérit » ou soulage la souffrance. De ce point de vue, les travailleuses et travailleurs du continuum de services en santé mentale sont tout autant appelés à être blessés par le système où ils œuvrent.

Ce qu’il nous semble aujourd’hui essentiel de faire, c’est de réfléchir au moyen de substituer à ce continuum de souffrances un continuum réel d’humanité. Un continuum d’humanité, d’une part, qui mettrait réellement la primauté des personnes de l’avant, basé sur l’écoute, le respect de leurs droits et la lutte contre la stigmatisation ; un continuum d’humanité, aussi, qui considère la personne dans sa globalité et reconnaît le rôle des déterminants sociaux dans son histoire, mais aussi son rôle d’expert de sa propre histoire ; un continuum d’humanité, finalement, qui permettrait d’accueillir la personne autrement que dans une logique purement biomédicale et offrirait des solutions de rechange aux individus.

C’est un tel projet que nous aimerions voir apparaître dans le futur plan d’action en santé mentale. Le ministre Carmant comme l’ensemble du gouvernement peuvent être assurés de toute notre collaboration future quant à tout plan d’Action d’envergure qui mettrait au cœur des services en santé mentale un continuum d’humanité, permettant d’agir socialement en amont des souffrances individuelles, de mettre en place des alternatives et des solutions réelles en santé mentale, et répondant avant tout aux besoins et demandes des personnes concernées.

* Cosignataires : Peter Belland, membre du Phare source d’entraide et trésorier du C.A. du RRASMQ ; Sylvain Dubé, responsable général du Rivage du Val St-François et membre du comité le Politique du RRASMQ; Catherine Perreault, coordonnatrice d'Entrée chez soi et membre du comité le Politique du RRASMQ; Louise Favreau, présidente du c.a. de Relax-Action et membre du comité le Politique du RRASMQ