Si le gouvernement du Québec souhaite vraiment renforcer le statut de la langue française, il devrait d’abord et avant tout engager une réforme de l’enseignement du français.

Antoine dionne charest Antoine dionne charest
Doctorant en philosophie à l’Université de Montréal

La langue française constitue le cœur de l’identité québécoise. Pour les Québécois, elle est non seulement un moyen de communication, mais aussi une manière d’être au monde : elle permet de nous définir, d’exprimer nos pensées et nos émotions, et de comprendre notre environnement social.

Son statut minoritaire au Canada comme en Amérique du Nord exige qu’elle fasse l’objet d’une vigilance constante, notamment en matière d’éducation. Si les jeunes n’apprennent pas à lire et à écrire correctement, on ne peut s’attendre à ce qu’ils valorisent le français comme langue publique commune.

Or, selon la Fondation pour l’alphabétisation1, 19 % des Québécois sont analphabètes et 34,3 % d’entre eux ont de grandes difficultés de lecture. Si on additionne ces pourcentages, cela veut dire que 53 % des Québécois sont en situation d’analphabétisme complet ou fonctionnel.

Avoir de la difficulté à lire et à écrire constitue un handicap considérable. Cela réduit nos capacités d’expression et de communication, notre horizon professionnel, la productivité des entreprises et de l’économie.

La loi 101 demeure un outil important pour la protection et la promotion du français, mais elle ne peut à elle seule garantir la pérennité du français. Elle ne peut garantir que les jeunes maîtriseront les compétences linguistiques fondamentales que sont l’écriture et la lecture. C’est pourtant là que le bât blesse.

Comment refonder l’enseignement du français ?

C’est pourquoi il faut engager une réforme profonde de l’enseignement du français au primaire et au secondaire.

D’abord, il faut impérativement réduire le nombre d’élèves par classe, allouer davantage d’heures à l’enseignement du français et rehausser les exigences en matière d’enseignement et d’évaluation.

Ces propositions sont bien connues. Elles font l’objet de revendications depuis fort longtemps.

Les différents gouvernements québécois semblent toutefois incapables d’engager les moyens financiers et matériels nécessaires. Il faut une fois pour toutes répondre positivement à ces revendications.

Ensuite, il faut revaloriser la profession d’enseignant. L’enseignement est un des secteurs où les salaires ont le moins augmenté ces 30 dernières années. Un des moyens les plus efficaces de revaloriser cette profession est d’offrir des salaires conséquents.

Il faut aussi rehausser la formation des enseignants. On pourrait exiger de ceux qui souhaitent être enseignants qu’ils possèdent une maîtrise. On devrait offrir aux enseignants une année sabbatique afin qu’ils puissent perfectionner leurs connaissances des nouvelles approches didactiques, et ce, tous les huit ans.

On pourrait mettre sur pied un programme de recrutement d’enseignants de français provenant des pays francophones.

On pourrait également développer, avec les institutions scolaires franco-canadiennes, un programme pancanadien d’enseignement du français. Ce programme pourrait notamment inclure un corpus de livres québécois et francophones qu’on remettrait à tous les élèves francophones et à leurs parents de sorte qu’ils sachent quels livres seront lus et étudiés.

Le Québec a fait des progrès considérables sur le plan linguistique. Il persiste néanmoins d’importants écueils liés à la maîtrise du français, auxquels une solution législative comme la loi 101 ne peut remédier. Le temps est venu de passer à une nouvelle étape dans nos politiques linguistiques en donnant à chacun une chance égale de maîtriser et d’aimer la langue française.

1 > Consultez le site web de la Fondation pour l’alphabétisation