Camille Gignac
Étudiante au Cégep André-Laurendeau

Je suis étudiante de troisième session au cégep. Comme beaucoup, je fais la grande majorité de mes cours à distance, seule devant mon écran. Je tiens aujourd’hui à m’adresser aux dirigeants du système de l’éducation, et plus particulièrement à la ministre Danielle McCann, ainsi qu’aux universités des programmes contingentés.

Bien qu’on aborde souvent la question de l’éducation des jeunes du primaire et du secondaire, les étudiants des cycles supérieurs restent dans le néant total. Je regarde chaque jour s’il n’y aurait pas un nouveau développement dans les critères d’admission à l’université, ainsi que sur la fameuse cote R, sans succès.

Parlons-en de cette cote R. À l’hiver 2020, le gouvernement l’avait annulée afin d’aplanir les disparités entre les étudiants et entre les collèges. En regardant la situation actuelle, je ne vois pas en quoi elle est différente de ce que nous vivions la session dernière.

En effet, TOUTES mes évaluations sont tenues à distance. Et c’est un gros problème. La ministre McCann a affirmé dans un article récent de La Presse qu’elle n’a pas eu vent de problèmes de tricherie cette session-ci. Dans le même article, un membre du personnel au collégial dit pourtant le contraire.

En tant qu’étudiante, je peux affirmer que les moyennes ont énormément augmenté par rapport aux sessions précédentes, de 10 % à 15 %, même dans les cours qui sont en principe plus difficiles. Ceci désavantage ÉNORMÉMENT les élèves honnêtes. En effet, la cote R se calcule, entre autres, en comparant la note d’un individu avec la moyenne de sa classe.

Ainsi, en réduisant cet écart, on diminue la cote R de l’élève qui a étudié et qui respecte les règles.

Seulement quelques-uns de mes professeurs imposent la caméra lors des évaluations à distance. Et certains élèves recourent à diverses stratégies : ils mettent leurs notes version papier devant eux, ont la théorie sur un fichier numérique qui n’est qu’à un clic de leurs questions d’examens, mettent des écouteurs jouant les réponses, ont des groupes Facebook où ils échangent des réponses avec leurs amis… De plus, il est pratiquement impossible de prouver que quelqu’un a triché, et ce, même si cela est évident.

Bref, Mme McCann, les précautions nécessaires n’ont absolument pas été prises pour éviter la tricherie, et elles varient énormément d’un collège à un autre.

Il est important de se souvenir que, même si beaucoup de gens trichent (et en sont fiers), un grand nombre demeurent honnêtes. Ces étudiants ne doivent pas être oubliés.

Si la cote R est prise en considération pour cette session, le message envoyé par le système de l’éducation sera que tricher est la manière à employer pour avoir du succès.

Chères universités et chers politiciens, si vous ne le faites pas pour nous, faites-le pour vous. C’est vous qui avez le pouvoir de décider qui seront les médecins, avocats et ingénieurs de demain : souhaitez-vous que ces positions soient occupées par des tricheurs ou par ceux qui sont restés intègres, à leur propre désavantage, même lorsque la situation permettait le contraire ?