Je suis pédiatre, éthicienne et mère de trois enfants. Je suis très inquiète des plans de « prolongation du temps des Fêtes » que j’appellerai la fermeture temporaire des écoles, car c’est vraiment ce dont il s’agit.

Annie Janvier Annie Janvier
Pédiatre et mère de trois enfants

Le vaccin ne sera pas là demain, et les enfants ne seront pas les premiers à le recevoir. Nous serons dans cette situation pour encore de longs mois. Sans réfléchir aux véritables buts de santé publique, il est fort probable que les écoles ferment pour ne pas ouvrir de nouveau.

Non, l’école en ligne, ce n’est pas l’école. Le cégep et l’université non plus.

Il est urgent de recadrer ces buts, qui devraient être la protection des personnes vulnérables et la préservation de la capacité de notre système de santé. Même en tant que mère et pédiatre, je m’inquiète peu des cas dans les écoles. J’aime mieux voir 100 cas dans les écoles que 10 cas chez des citoyens de plus de 70 ans. On doit par contre se préoccuper des contacts des étudiants avec des personnes vulnérables (ex. leurs grands-parents) et leur capacité à transmettre la maladie.

Les études qui ont examiné la transmission entre les parents et les enfants démontrent que ce sont généralement les adultes qui transmettent la COVID-19 aux enfants et non l’inverse. Pour les malades âgés de plus de 70 ans et ceux qui sont hospitalisés, comment et où ont-ils attrapé la COVID-19 ? C’est principalement sur ces cas que les énergies devraient être axées.

En présentiel pour tous

En ce moment, l’urgence pédiatrique déborde de jeunes avec des problèmes de santé mentale. Il y a une augmentation des problèmes d’anxiété, de cyberdépendance, d’idées suicidaires, de troubles paniques, de troubles alimentaires, de décrochage et de maladies chroniques. Ni les pilules ni les cliniciens ne remplaceront les amis et les sports organisés.

Selon Statistique Canada et l’Institut canadien d’information sur la santé, un enfant est 70 fois plus à risque d’être hospitalisé pour des problèmes de santé mentale que pour la COVID-19.

Depuis le mois de mars, plus de 100 000 jeunes québécois ont quitté le sport organisé. Les efforts faits par les jeunes et les familles servent-ils à quelque chose ?

Mesures médiocres

Nous avons peu appris de la première vague. Nous protégeons toujours inadéquatement les aînés vivant dans les milieux vulnérables (CHSLD, RPA, etc.). Nous n’appliquons pas certaines solutions simples adoptées ailleurs. Les travailleurs dans ces milieux devraient travailler à un endroit seulement et être dépistés régulièrement. La définition des proches aidants (qui pourraient aussi être dépistés) pourrait être claire. Certains travailleurs sont le matin en garderie et le soir en CHSLD ; pendant que les cégeps sont fermés.

Pour les aînés vivant de manière indépendante, on leur recommande des pratiques non sécuritaires, comme d’accueillir chez eux des personnes un à un, pendant que l’on décourage des pratiques sécuritaires, comme rencontrer leurs familles à l'extérieur en faisant de l’exercice pour prévenir le déconditionnement. En fait, on est sur un bateau troué et au lieu de remplir les trous, on demande aux enfants de se déshabiller pour que le bateau pèse moins lourd.

Effets pervers

Depuis la rentrée, qui s’occupe des jeunes qui sont en ligne, qui ont des symptômes, qui sont en quarantaine, qui vivent avec de nouveaux problèmes psychologiques, qui ne peuvent fréquenter l’école de manière temporaire ou permanente ? Souvent, la tâche incombe aux grands-parents, ceux qui sont les plus à risque.

Les citoyens ne reçoivent aucune directive à propos des relations qu'ils devraient avoir avec les personnes vulnérables. De plus, bannir les sports organisés, fermer temporairement les écoles, faire l’école un jour sur deux mène à une non-traçabilité des jeunes.

Les enfants qui participaient à des activités organisées, où il est facile de les dépister et de faire un traçage de leurs contacts, risquent de se retrouver dans les ruelles, les sous-sols ou les centres commerciaux.

Allié à un épuisement des familles, cela entraîne davantage de cas positifs. Demander à nos enfants de mettre leur vie en suspens pendant un ou deux mois, cela fonctionne ; pour des mois, voire un an, cela devient dangereux.

Bien des parents n’exigent plus de leurs enfants qu'ils respectent toutes les restrictions demandées. Quand les jeunes vont mal, leurs parents ne vont pas bien. Les travailleurs de la santé qui ont des enfants en âge de fréquenter un établissement scolaire partiellement ouvert (cégep, 4e et 5secondaire) sont épuisés, pas toujours à cause de leur travail, mais souvent en raison de leur incapacité à épauler leurs enfants. Nombreux sont les parents qui sont « malades » lorsque leurs enfants ne peuvent fréquenter un établissement scolaire, commencent à décrocher ou à avoir des problèmes de santé mentale.

Aucune des mesures efficaces de santé publique n'oublie de protéger les personnes vulnérables et ne fait payer les jeunes comme nous le faisons en ce moment.

Des équipes interdisciplinaires et transparentes doivent impérativement réfléchir sur l’avenir de notre province pour un confinement proportionné et optimal.