La crise sanitaire n’affecte pas tout le monde de la même manière. Espérée en « V », la reprise qui suit le grand confinement prend plutôt des allures de « K ». Les perdants se retrouvent entre autres parmi ceux qui peinent déjà financièrement à se loger.

Jean-Marc Fournier Jean-Marc Fournier
Président-directeur général de l’Institut de développement urbain du Québec

Par ailleurs, la pandémie agit comme un accélérateur de tendance. Déjà, de 2012 à 2019, Montréal connaissait un solde migratoire négatif (- 135 00 pour Montréal ; + 112 00 pour les régions adjacentes). Aujourd’hui, les logements disponibles sont rares et on ne compte plus les reportages qui indiquent que Montréal perd en attractivité face aux banlieues. Il y a une lumière rouge qui vient de s’allumer sur le tableau de bord.

Plus que jamais, un grand chantier du logement doit faire partie du train de mesures de relance économique.

L’habitation est une compétence du gouvernement du Québec. Les mesures sociales aussi. Québec cherche à relancer l’économie et Montréal a besoin de logements qui répondent à ses besoins.

La récente entente Canada-Québec marque un point de départ. Elle illustre qu’il est préférable de faire reposer une politique d’habitation sur des incitatifs plutôt que sur des contraintes. La crise actuelle appelle une véritable politique nationale d’habitation.

Règlement de mixité

Quelle est l’alternative ? Celle que nous annonce Montréal avec son projet de règlement de mixité : l’adoption de contraintes qui imposent aux nouveaux acquéreurs de payer une prime lors de l’achat pour financer les objectifs de construction de logement social, abordable et familial. Déjà, ils sont nombreux à faire le choix de la banlieue, essentiellement pour une raison de prix ; comment imaginer que cette mécanique pourrait inverser les soldes migratoires et ajouter en unités de logement ?

Dans son rapport sur le projet 20-20-20, en mai dernier, l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) a écrit : « La simple urgence d’agir ne saurait remplacer l’avantage d’encadrer une telle intervention par une réflexion globale et bienveillante impliquant des alliés parmi les autres municipalités de la CMM. Ainsi, la limitation du territoire d’application du règlement à la seule ville de Montréal représente bel et bien un risque de déplacements de projets immobiliers ailleurs dans la CMM. Pour la commission, cela semble aller à l’encontre de l’intention du projet de règlement de retenir, voire d’attirer des ménages à Montréal. » (p. 116)

L’OCPM recommandait à la Ville d’aller de l’avant avec le volet social, mais de reporter les volets abordable et familial du projet de règlement. Nous sommes d’accord avec l’Office.

Mais nous insistons, il ne s’agit pas de reporter la réalisation d’unités abordables et familiales, il s’agit d’adopter une approche qui n’aura pas les effets contre-productifs du projet actuel.

En lieu et place d’un règlement montréalais qui augmente les prix d’achat à Montréal encourageant les acheteurs à se diriger vers l’extérieur, ce qui aura pour effet de freiner la relance et de repousser la construction de nouvelles unités à l’extérieur de l’île, Québec peut choisir de favoriser la relance économique en lançant un vaste chantier de construction permettant de répondre à la pénurie de logements tout en s’assurant d’alléger le fardeau de ceux qui peinent à payer un toit pour les abriter.