Le 28 octobre, le commissaire fédéral à l’environnement et au développement durable a produit un rapport accablant. Sept ans après la tragédie de Lac-Mégantic, ce rapport de suivi du Bureau du vérificateur général du Canada fait état d’importantes lacunes qui persistent en matière de sécurité ferroviaire. Il met particulièrement l'accent sur l’enjeu de la surveillance des matières dangereuses qui circulent au pays. Rappelons que ce sont près de 6 millions de litres de pétrole brut qui se sont déversés cette nuit-là à Lac-Mégantic.

Julie Morin
Julie Morin Mairesse, ville de Lac-Mégantic

Le lendemain, le 29 octobre, comme si les étoiles s’alignaient, le Bureau de la sécurité des transports (BST) a publié sa liste de surveillance 2020 et a mis en lumière huit enjeux clés dont une nouveauté : le risque de mouvements imprévus ou incontrôlés d’équipement ferroviaire, exactement ce qui est arrivé cette nuit-là à Lac-Mégantic.

Comme mairesse de la ville de Lac-Mégantic, je suis très préoccupée par ces deux avis. Par devoir de mémoire, je m’adresse aujourd’hui à ceux qui ont la responsabilité de protéger la population des accidents ferroviaires, à Transports Canada et chez les compagnies ferroviaires, les grandes et aussi les plus petites.

Vous n’avez d’autre choix que de faire le maximum pour protéger la population. Ce sont des centaines de milliers de citoyens qui comptent sur vous.

En 2011, le commissaire avait produit un rapport demandant plus de vigilance… Pourtant, deux ans plus tard, arriva cette nuit-là, chez nous. Quarante-sept personnes ont perdu la vie, 110 places d’affaires et plus de 100 logements sont partis en fumée… sans compter l’impact environnemental. Mais puisque nous ne pouvons retourner en arrière, agissons maintenant pour éviter que le pire n’arrive encore… demain. Aujourd’hui, nous savons que ces risques sont réels, qu’ils peuvent se traduire dans la réalité. Nous l’avons payé chèrement.

En train d'oublier ?

Au lendemain de la tragédie de Lac-Mégantic, les consciences se sont éveillées, les volontés politiques se sont élevées, des comités se sont mobilisés. Mais sept ans plus tard, sommes-nous collectivement en train d’oublier ce qui s’est passé cette nuit-là ?

Bien sûr, il faut reconnaître que certaines choses ont changé, que plusieurs actions concrètes ont été posées. Je me bornerai ici à nommer notre projet de voie de contournement, qui a franchi une étape importante récemment. La réalisation est attendue, mais nous savons que Transports Canada travaille avec acharnement pour assurer la concrétisation de cette nouvelle voie qui assurera non seulement la sécurité de notre population, mais également la poursuite de son rétablissement.

Cela dit, tellement de villes, de villages au pays sont traversés par des voies ferrées. Alors, de grâce, vous devez faire plus pour protéger nos populations.

Vous êtes les experts, vous savez ce qui peut être amélioré. Je fais appel ici à votre devoir des responsabilités.

Loin de moi l’idée d’être alarmiste, au contraire. Je suis convaincue que la grande majorité des acteurs de vos organisations sont remplis de bonne volonté. Mais ma demande aujourd’hui, celle que je vous fais par devoir de mémoire, est de faire en sorte que chacun passe aux actes, et ce, rapidement. Ce n’est pas normal que sept ans plus tard, des rapports soient aussi préoccupants. Je vous remercie de les prendre au sérieux.

Ce qui est arrivé cette nuit-là, ne peut pas être arrivé en vain, ne doit pas être arrivé en vain…

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