J’ai été maire de Montréal par intérim en 2013. Et j’ai été jusqu’ici une belle-mère plutôt discrète.

Laurent Blanchard
Laurent Blanchard Ex-maire de Montréal par intérim

Mais là, je suis déçu.

La bousculade empressée que le prédécesseur de Valérie Plante a causée lors de son arrivée à l’hôtel de ville n’a pas comporté que de bons côtés, m’ont raconté d’anciens collaborateurs. Parmi les faits négatifs que l’on peut retenir, il y a cette irascibilité qui provoquait des sautes d’humeur intempestives, cette volonté de contrôler tout message provenant de l’hôtel de ville et cette désagréable impression que Denis Coderre ne prenait de conseils que de son miroir.

Une anecdote m’apparaît significative de cette nature autocrate : après le charivari causé dans la salle du conseil municipal par des pompiers et des cols bleus en août 2014, il a cadenassé l’hôtel de ville en installant des portes hermétiques pour empêcher l’accès à tous les bureaux des deux premiers étages du bâtiment.

Fini la Maison du citoyen ! Fini la possibilité de voir dans la galerie adjacente au hall d’honneur les portraits de la quarantaine de maires qui ont succédé à Jacques Viger depuis son mandat de 1833 !

Fini les rassemblements spontanés de citoyens qui se pressaient à la porte du conseil avant la période de questions !

Bref, on faisait dans l’autocratie !

Il a certes fait de bons coups et aussi de moins bons. Les analystes et chroniqueurs en ont suffisamment parlé à l’automne 2017 pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en refaire la chronologie. La population montréalaise l’a sanctionné, et c’est en toute fraîcheur qu’est arrivée la première femme à la tête de Montréal, après plus de 40 hommes. Un vent d’optimisme souriant et de progressisme, en faveur duquel je me suis volontiers associé, s’installait au 275, rue Notre-Dame Est.

Biais idéologiques

Évidemment, c’est le lot de la fonction, les critiques ponctuelles ont écorché Valérie Plante au cours des années qui ont suivi. J’ai, comme plusieurs, été agacé par cette propension aux biais idéologiques telle cette référence contestée historiquement du « territoire amérindien non cédé » ou cette unanimité troublante contre la loi sur la laïcité du gouvernement Legault, ou encore ce parti pris agressif anti-automobilistes.

Mais bon, sachant que gouverner, c’est l’art du possible plutôt que du souhaitable, je croyais que les années au pouvoir adouciraient cet activisme militant. C’est cet été que j’ai déchanté.

Pourquoi ai-je l’impression que la pandémie printanière de 2020 a servi de prétexte pour avancer des mesures extrêmes à l’encontre des vilains Montréalais qui ont, ô vice, l’audace de vouloir se déplacer sur quatre roues ? Pourquoi avoir piétonnisé tout l’été plusieurs de nos artères commerciales transmutées en sous-produits de la rue Sainte-Catherine du Village gai, au grand bonheur des bars et restaurants, certes, mais au grand malheur des bijoutiers, quincailliers, serruriers, optométristes et autres boutiquiers qui forment le tissu commercial mixte de ce que l’on appelait jadis nos chefs-lieux de quartier ? Pourquoi le développement effréné de ces sens uniques labyrinthiques, qui nous convainquent que certains arrondissements centraux ont des administrations – sans jeu de mots – à sens unique ? Pourquoi, encore, avoir enlevé autant d’espaces de stationnement pour transformer des rues locales, comme de Bellechasse, de Terrebonne ou Souligny, en paradis du deux-roues ? Et pourquoi, grands dieux, l’urgence alléguée de cette envahissante autoroute cyclable dans la jadis prospère rue Saint-Denis ?

Montréal n’est pas peuplée que de bobos. Les aînés, les personnes ayant des limitations fonctionnelles, les familles avec plus d’un enfant peuvent avoir besoin de se déplacer autrement qu’en bicyclette. Le transport actif, je veux bien, mais comment aller faire ses courses chez Maxi en BIXI ?

Pourquoi, donc, ai-je l’impression que cette monomanie en faveur des pistes cyclables s’est gangrenée cette année en vélocratie ?

En conclusion, si la tendance se maintient, comme le dit l’adage, aurons-nous comme seule option, dans un an, de choisir entre l’autocrate et la vélocrate ?

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