Enfant de notre insatiable curiosité, la merveilleuse liberté de penser est un privilège que chacun s’octroie intelligemment, c’est-à-dire dans le respect élémentaire de l’autre. Mais avec tout ce qui se passe présentement en France avec le meurtre de Samuel Paty, on peut se demander s’il en est toujours ainsi.

Pierre Desjardins Pierre Desjardins
Philosophe

D’abord, posons la question : lorsque la liberté de penser se fait provocation envers l’immigrant, mérite-t-elle encore cette appellation ? Ne s’agit-il pas plutôt alors d’invectiver l’autre afin de le marginaliser par le ridicule ?

Disons-le, la liberté de penser présentement proposée au peuple français par Emmanuel Macron est aussi nue que le sont les caricatures de Mahomet. Cette liberté ne procède pas de la connaissance ou de la curiosité vis-à-vis l’autre, mais de la fermeture d’esprit et de l’intolérance à l’égard des difficultés que vivent depuis toujours les musulmans de France.

Depuis l’assassinat de Samuel Paty, le musulman s’est vu transformé en France en bouc émissaire d’une liberté de penser qui, sous l’égide d’Emmanuel Macron, se drape odieusement des oripeaux de la République.

Or, cette liberté se fait tout à fait insensible au racisme que subissent depuis des années les communautés musulmanes en France.

PHOTO HAZEM BADER, AGENCE FRANCE-PRESSE

Les récents propos d’Emmanuel Macron ont causé la colère d’une partie du monde musulman, dont ici à Hébron, en Palestine.

Pourtant, la liberté de penser ne devrait jamais se transformer en un pouvoir étatique défini par un chef d’État, surtout si celui-ci profite de la situation pour refaire son image auprès de son électorat. Elle ne doit pas non plus être la caution de politiques d’immigration.

Ne nous le cachons pas : il s’agit présentement pour l’État français de marginaliser une communauté spirituelle au profit d’une collectivité nationale, collectivité qui se dit libre, égalitaire et fraternelle, mais qui, dans les faits et sous ce masque, ne veut que sacraliser encore davantage son ascendance judéo-chrétienne.

Le jour où ce pays se débarrassera de ces trois artifices mondains, peut-être saura-t-il se débarrasser également de son orgueil légendaire qui mine son développement social depuis la guerre d’Algérie.

Aussi, osons la question : en s’accordant aveuglément cette soi-disant liberté de penser endossée par l’État, le peuple français participe-t-il d’un racisme collectif ?

Car il est pour le moins étonnant qu’un peuple qui passe habituellement ses journées à râler contre son chef d’État participe soudainement et aussi facilement à ses vues.

Entendons-nous : il ne s’agit pas ici de défendre un ignoble assassinat, mais de mettre en lumière le sort actuel d’une communauté qui, depuis des années en France, ne cesse de se faire insulter et qui, malheureusement, se radicalise d’autant plus.

D’ailleurs, soyons réalistes : pas un citoyen français ne sera vraiment libre et en sécurité en France tant que les musulmans ne jouiront pas de la plénitude de leurs droits.

Dans un tel contexte, il importerait que l’État français, plutôt que de s’adonner à du profilage, se penche sur ce problème social et crée d’abord des lois qui condamnent tout propos anti-musulman.

Notons-le en terminant, ce n’est pas en tant que ressortissants d’un pays étranger que les musulmans souhaitent leur intégration à la nation française, mais bien en tant que musulmans. Après tout, la liberté religieuse ne fait-elle pas aussi partie des valeurs de la République ?

Et normalement, toute personne qui, par son travail, participe à la grandeur de la France mérite le statut de citoyen français avec tous les privilèges que cela comporte notamment celui de pouvoir pratiquer sa religion dans le respect des autres.