Tous les voyants sont au rouge pour Donald Trump. Du moins selon les maisons de sondage. Pour le sondeur républicain Frank Luntz, qui officie sur Fox News, si l’actuel locataire de la Maison-Blanche devait être réélu, alors que son adversaire démocrate Joe Biden a le vent dans les voiles, « ma profession est foutue ».

Antoine Char Antoine Char
Professeur associé, École des médias, Université du Québec à Montréal

Ce ne sera pas la première fois qu’un gagnant sur papier finit par mordre la poussière dans les urnes. La défaite d’Hillary Clinton est un cas d’école. L’ancienne First Lady allait devenir la première présidente américaine. Un président français avait même lancé : « Une présidente va être élue aux États-Unis ! » Il est vrai qu’il s’agissait de François Hollande.

C’était, en tout cas, écrit dans le ciel des sondeurs. Tout comme en 1948 lorsque les sondages prédisaient la victoire du républicain Thomas Dewey contre le président sortant démocrate Harry Truman. Sur la foi de résultats anticipés, le Chicago Daily Tribune avait même titré : « Dewey defeats Truman ». Il est vrai que le quotidien avait des atomes crochus avec les républicains. Il est surtout vrai que le 33e président des États-Unis était impopulaire dans tous les sondages, qui faisaient alors leur entrée dans les médias.

La manchette en caractères gras sur six colonnes à la une du Tribune a longtemps fait sourire Truman.

Trump doit y penser ces jours-ci. Il est loin de se décourager. Il mène d’ailleurs largement dans tous les sondages qui comptent vraiment.

C’est du moins la teneur de ses incessants tweets. Sa campagne agressive, il la mène à fond de train. Faire mentir les sondages comme en 2016 serait la victoire des victoires.

La gifle de toutes les gifles

Pour les sondeurs, ce serait la gifle de toutes les gifles. Dans son interview à Fox News le 22 octobre, Frank Luntz, considéré comme le « Nostradamus des sondeurs », a eu ces mots : « Je déteste le reconnaître, car c’est mon secteur, mais le public n’aura plus aucune foi, aucune confiance… »

À quelques jours du scrutin, les sondeurs prennent le plus grand soin de rappeler que les intentions de vote ne sont pas une prédiction et qu’il y a une marge d’erreur. La prudence est de mise.

Le site FiveThirtyEight n’avait-il pas donné à Hillary Clinton 86 % de chances de victoire, comme Biden aujourd’hui ?

On le sait, et il est bon de le répéter, tout sondage est une photographie de l’opinion à un instant précis, pas une prédiction. D’autant que les intentions de vote ne sont jamais figées. De plus, les sondés disent-ils toujours la vérité ?

Au lendemain de la victoire de Trump contre Clinton, maisons de sondage et médias ont fait leur mea culpa.

Battre sa coulpe quatre ans plus tard ne ferait qu’accroître le « déficit de confiance » du public, estime Luntz.

Mais en vérité, il doit espérer secrètement que les sondages, comme pour Dewey il y a 72 ans et Trump il y a quatre ans, vont une fois de plus se tromper.

L’histoire se répète toujours deux fois et comme le disait le bon vieux Marx, « la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce ». En temps de pandémie, il n’y aurait pas de quoi rire…