Plusieurs voix se sont déjà prononcées sur l’urgence de relancer l’économie québécoise dans cette période de crise.

Alejandro Romero et Monique Aubry
Respectivement professeur agrégé et professeure associée en management, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal

Elles ont toutes un point en commun : que l’accélération des projets d’infrastructure pourrait créer des emplois à court terme, réactiver l’économie et améliorer la qualité de vie des citoyens en leur offrant des infrastructures plus modernes, plus sécuritaires et plus écologiques.

Par contre, un débat émerge sur les stratégies pour y réussir. Le gouvernement de François Legault propose le projet de loi 66 visant l’accélération de 181 projets, dont la construction ou l’agrandissement de 35 écoles et la construction de 47 maisons des aînés, en allégeant les lois sur l’expropriation des biens, sur l’occupation du domaine de l’État et sur les études de faisabilité environnementales.

Plus récemment, les dirigeants de SNC-Lavalin et de Macogep sont intervenus dans les médias pour proposer de nouvelles pistes d’accélération des projets : « tirer parti des technologies et des données [pour instaurer] une approche basée sur les résultats pour construire nos infrastructures », et « [les superviser] par un tiers indépendant dont l’expertise est entièrement mise au service du donneur d’ouvrage ».

L’Angleterre et la Norvège

Ces deux approches ont déjà été instaurées dans les projets d’infrastructure en Angleterre et en Norvège, mettant en évidence tout leur potentiel. Ces pays ont décidé de renforcer leur expertise en gestion de projets en investissant dans de nouvelles technologies et dans leur capacité de collecter des données sur les infrastructures. Ces données sont ensuite employées pour soutenir la prise de décisions, superviser la réalisation des travaux publics et cibler des occasions d’amélioration. Qui est le tiers indépendant responsable d’exploiter ces données ? Ces gouvernements ont décidé de se doter d’un partenariat composé d’organismes publics et d’universités.

Au Québec, deux entités pourraient surveiller les projets : le Vérificateur général du Québec, dont le mandat est de surveiller et de contrôler l’utilisation des fonds publics, et l’Autorité des marchés publics (AMP), responsable de surveiller la distribution de contrats. Mais ces deux entités ont-elles la capacité de surveiller les 181 projets prévus dans le projet de loi 66 ?

Le Québec peut faire appel aux universités et aux chercheurs comme c’est le cas en Angleterre et en Norvège.

Dans le passé, le gouvernement québécois a développé son expertise en gestion de projets en demandant au réseau des universités du Québec de créer un programme permettant de former les responsables de grands projets d’infrastructures hydroélectriques des années 70.

Ce programme a été l’un des premiers à être instauré en Amérique du Nord. Cette discipline est toujours en plein essor.

Actuellement, il y a plus de neuf centres de recherche spécialisés en gestion de projets qui sont repartis dans presque toutes les universités du Québec. Ces chercheurs peuvent alors jouer le rôle de tiers indépendants et soutenir le travail du gouvernement dans la collecte, l’analyse et la diffusion des données sur les projets publics. Ils peuvent également réaliser des activités de balisage pour pouvoir cerner les meilleures pratiques dans les projets d’infrastructure au Canada et à l’international.

Le Québec cherche actuellement à instaurer de nouvelles formes de collaboration entre le privé et le public afin d’accélérer la réalisation des projets publics d’infrastructure. Les universités pourraient également y contribuer. Nous sommes convaincus qu’un partenariat entre les instances gouvernementales et les universités pourrait être une formule gagnante pour assurer le respect de bonnes pratiques et renforcer l’expertise des secteurs public et privé dans la gestion de projets d’infrastructure.