La décapitation d’un enseignant à Conflans-Sainte-Honorine, en France, a soulevé une tempête dans le monde. J’ajoute ma voix aux milliers d’autres qui se sont déjà élevées pour condamner ce crime abominable, cette atrocité.

Hassan GuilleT
Hassan GuilleT Avocat à la retraite, ingénieur et imam

Et ce qui m’est insupportable, c’est que ce crime a été commis, soi-disant, au nom de l’islam, la religion que j’ai reçue, que je pratique et que j’enseigne. Cet islam qui est le mien depuis ma plus tendre enfance, et que je prêche, est pourtant une religion de paix, de fraternité et d’amour.

De nombreuses personnalités musulmanes ont condamné ce crime. L’islam révélé dans le Coran et prêché par le prophète Mohammed enseigne que la vie humaine est sacrée : « Quiconque tuerait une personne innocente, c’est comme s’il avait tué toute l’humanité. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à toute l’humanité. » (chapitre 5, verset 32)

L’islam invite aussi ses fidèles à résoudre les conflits par le dialogue et à repousser le mal par le bien, certainement pas par la décapitation des gens avec qui on est en désaccord : « La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse le mal par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient ami chaleureux. » (chapitre 41, verset 34)

Certainement ceux qui sèment la terreur et tuent des innocents en France et ailleurs ne représentent pas l’islam. Dans le monde, les musulmans tués par ce terrorisme faussement appelé islamique sont beaucoup plus nombreux que les victimes non musulmanes.

Les musulmans sont aussi victimes de préjugés, d’amalgames et de stigmatisation causés par ce même terrorisme perpétré au nom de la religion qui est la leur. Le terrorisme est l’ennemi de l’islam et non pas son produit et les musulmans sont parmi ses victimes et non pas ses auteurs.

Il faut faire la part des choses. Comme il serait injuste de tenir les Québécois responsables de la tuerie à la mosquée de Québec ou les Néo-Zélandais de la tuerie des mosquées de Christchurch, il est injuste de tenir les musulmans coupables de l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty.

On présente la crise qui secoue actuellement la société française comme un conflit entre l’islam et la liberté d’expression. Ce qui constitue, à mon humble opinion, une distorsion de la réalité.

L’islam n’est pas et ne peut pas être contre la liberté d’opinion. L’histoire de l’islam, depuis la révélation à La Mecque en 610 de notre ère, est une lutte pour avoir le droit à la liberté d’expression. La liberté d’expression est une pierre angulaire de la démocratie à laquelle les musulmans tiennent. Pour les minorités, comme le sont les musulmans au sein des sociétés occidentales, la démocratie est un outil de survie et d’épanouissement.

Il est faux d’affirmer que les musulmans sont contre cette liberté. Mais qui dit liberté dit aussi responsabilité. Il n’est pas juste que la liberté d’expression, comme n’importe quelle autre liberté, devienne un outil de division et de discorde sociale.

Il faut faire la différence entre la liberté d’expression et la diffamation. Certains voudront réduire la liberté d’expression à la publication de caricatures du prophète de l’islam. Ces caricatures n’ajoutent rien au débat intellectuel ni au dialogue autour des religions et elles sont considérées comme une insulte par les 2 milliards de musulmans dans le monde.

Ceux qui s’obstinent à réduire la liberté d’expression à la liberté d’insulter mettent en réalité à exécution la stratégie des extrémistes de deux bords de l’échiquier politique. D’un côté, ils contribuent à la création d’un sentiment de rejet chez leurs concitoyens de confession musulmane et de l’autre, ils aident les extrémistes dans leurs efforts de radicalisation et de recrutement de jeunes musulmans marginalisés.

D’autre part, la tentation de certains politiciens d’utiliser l’indignation et la peur pour bafouer les droits et libertés d’une partie de la population à cause d’un crime commis par quelques individus est très dangereuse. Nous, Québécois, qui venons de commémorer le 50e anniversaire de la crise d’Octobre, connaissons l’injustice que peut créer l’exagération des réactions et comment des innocents accusés par association pourraient payer pour les crimes commis par des individus avec lesquels ils ne sont pas d’accord.

La question que nous devons tous nous poser est pourtant simple : à qui profite cette radicalisation ? Ce sont en fait les extrémistes des deux côtés qui veulent semer la terreur et la discorde ; nous sommes alors tous perdants, les individus comme la société.

Comme Québécois, nous devons apprendre de ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique pour ne pas reproduire chez nous cette atmosphère malsaine qui y règne. Nous devons travailler ensemble en harmonie, indépendamment de nos religions et de nos origines ethniques, pour protéger notre société de l’extrémisme, de la haine, du fanatisme et de la violence.

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