Il est possible d’éviter la fermeture des écoles, et voici comment mettre toutes les chances de notre côté

Patrick Déry Patrick Déry
Rédacteur et analyste en politiques publiques. Non partisan.

C’est vrai qu’il est toujours plus facile de prédire après le coup. Mais parfois, c’est aussi facile de prédire avant.

Au printemps, dans les CHSLD, les chambres en occupation double et triple ont fortement contribué au désastre. Ce n’était donc pas difficile d’imaginer qu’entasser 30 jeunes dans un même local fermé pourrait finir par poser problème.

Pourtant, et malgré les mises en garde, le gouvernement a amorcé le retour en classe en occupation « trentuple » en se disant que #çavabienaller. Lorsque des écoles à Montréal ont voulu imposer le port du masque en classe, le ministère de l’Éducation le leur a même interdit.

Six semaines plus tard, alors que la province franchissait le cap des 1000 cas quotidiens, le Ministère rendait le masque obligatoire au secondaire et décrétait en catastrophe l’enseignement à distance en alternance pour les élèves de 4e et de 5e secondaire. On a déjà vu mieux en matière de proactivité.

En Ontario, le masque est obligatoire depuis la rentrée et l’enseignement en ligne est offert à tous. À Toronto, plus du quart des élèves y ont recours. La proportion est même plus grande au primaire qu’au secondaire.

En milieu de semaine, on recensait 73 éclosions actives dans les écoles de Montréal. À Toronto, il y en avait 11. Globalement, il y a moitié moins de cas actifs dans les écoles de l’Ontario que dans celles du Québec, même si les premières sont bien plus nombreuses.

Au Québec, la santé publique a semblé oublier que l’école, ce n’est pas que les élèves. À travers une seule « bulle-classe », des dizaines de parents sont en contact et ce nombre est multiplié par le nombre d’enfants en âge scolaire de chaque famille.

À partir de la rentrée, on ajoutait à l’équation pandémique 3000 lieux de contamination potentiels à contacts prolongés et aux classes bondées. Pourtant, on n’a même pas tenté de réduire ces contacts. « On verra. »

Il est tentant de mettre la deuxième vague sur le dos de la gestion de la rentrée scolaire. C’est l’avis du chef de la division des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif, le DKarl Weiss.

Faire tout de suite tout ce qui peut aider

Maintenant que c’est dit, que faut-il faire pour garder les écoles ouvertes ? Résumé simplement : à peu près le contraire de ce qu’on a vu jusqu’ici. Donc, faire tout de suite tout ce qui peut aider, tout le temps. Dans une transmission potentiellement exponentielle, chaque geste compte.

D’abord, des thermomètres à l’entrée. Non, ça n’attraperait pas tous les cas, mais chaque fois qu’on en sauve un, on évite des problèmes pour des dizaines d’élèves et de parents. Ça se fait ailleurs (et à l’école de mes enfants aussi).

Ensuite, le masque, au moins pour la fin du primaire, comme en Ontario et dans d’autres pays. Encore ici, chaque transmission évitée compte.

L’école à distance pour tous ceux qui le peuvent et qui le veulent. En Ontario, les parents et les élèves ont pu faire ce choix à la rentrée et le renouveler ou le changer depuis.

Évidemment, rien n’est parfait. Ça fonctionne mieux à certains endroits qu’à d’autres et ça demande des ajustements pour les directions d’écoles, les enseignants, les élèves et les parents.

Mais dans un monde parfait, il n’y aurait pas de pandémie non plus. Une fois que c’est accepté, on peut réaliser de petits miracles. En Ontario, même des garderies sont passées au virtuel.

On doit aussi penser à sortir du « présentiel », qu’il soit en personne ou en virtuel. Chaque jour au Québec, pour chaque niveau scolaire, des milliers d’enseignants transmettent la même matière à des dizaines de milliers d’élèves. La pandémie représente une occasion de faire les choses autrement.

Ça pourrait prendre la forme de classes en ligne plus grandes où un enseignant serait chargé de transmettre la matière, tandis que d’autres, libérés, se concentreraient sur l’interaction directe avec les élèves. Ça pourrait aussi être de transmettre une partie de la matière en capsules vidéo enregistrées. Pas besoin d’avoir un modèle unique : il pourrait y avoir un certain nombre d’enseignants aux personnalités et aux styles différents (note au Ministère : lâchez du lest, donnez les objectifs et laissez les écoles s’organiser entre elles).

Ça fera sans doute l’affaire de bien des élèves, pour qui la matière rentre plus vite et sans aide, de pouvoir passer plus vite à autre chose, que ce soit pour avoir plus de temps libre ou pour approfondir certains aspects (des capsules enrichies, par exemple). On pourrait même en faire un jeu avec un système de points.

On ne sait pas combien de temps on sera pris avec ce damné virus. Il nous reste deux choix : espérer qu’il parte tout seul ou faire ce qu’on peut pour mieux vivre avec et peut-être même en tirer profit. Chaque crise présente des occasions.