Empêcher les jeunes de faire du sport organisé risque de faire augmenter les hospitalisations et les torts

Suzanne Vaillancourt et Annie Janvier Respectivement urgentologue en pédiatrie et médecin, chercheuse et éthicienne clinique

Depuis le début de la pandémie, nous constatons une grande détresse chez les jeunes. Encore une fois, ils sont privés de leurs activités. Pourtant, les associations sportives ont géré le début de la saison avec un sérieux remarquable et les enfants se sont conformés aux règles qui n’ont pas toujours été faciles à suivre.

Nous comprenons que la plupart des cas de COVID-19 dans les écoles sont une conséquence de la transmission communautaire. En ce moment, les moins de 18 ans représentent environ 10 % des cas tandis que les 20 à 50 ans représentent 60 % des cas. On remarque également que les adultes contractent la maladie principalement au travail. Toutefois, la population ne semble pas au courant de ces données. Les études qui ont examiné la transmission entre les parents et les enfants démontrent que ce sont généralement les adultes qui transmettent la COVID-19 aux enfants et non l’inverse. Pourtant, on annule les activités sportives et les sports organisés pour les jeunes même si les éclosions avaient lieu parmi les adultes et sont probablement survenues au bar après le match.

Quelle a été la contribution des activités sportives des jeunes à la deuxième vague ? Ont-elles été responsables de l’augmentation des hospitalisations et des morts ? Est-ce que les enfants ont attrapé la COVID-19 au jouant à des sports organisés, puis l’ont transmise aux parents ? Il existe des réponses à ces questions, mais on décide de ne pas y répondre.

Il y a une augmentation de problèmes de santé mentale, de cyberdépendance, de décrochage et de maladies chroniques chez les jeunes.

Selon Statistique Canada et l’Institut canadien d’information sur la santé, un enfant est 70 fois plus à risque d’être hospitalisé pour des problèmes de santé mentale que pour la COVID-19. Le nombre d’adolescents hospitalisés pour des troubles alimentaires est en hausse. L’adolescence est un âge crucial pour intégrer l’activité physique dans la routine quotidienne. Depuis le mois de mars, plus de 100 000 jeunes Québécois ont quitté le sport organisé. Le taux d’obésité a augmenté ces dernières années et le manque de sport pour les enfants ne fera qu’aggraver cette crise.

L’importance du sport organisé

Plusieurs facteurs augmentent notre capacité d’adaptation : la santé physique et mentale, les ressources (l’argent, le système de santé et d’éducation), le soutien (familial, amis), la capacité de faire quelque chose qui donne un sens à la vie, pour nommer les plus importants. En ce moment, on élimine un grand nombre de ces mécanismes. En effet, les jeunes voient à peine leurs amis, n’ont pas de relations intimes, font moins d’activités qui généralement donnent un sens à leur vie. Dans ces cas, ils iront en quête d’adaptation de manière non souhaitée.

Les endorphines augmentent les bien-être des individus ; les jeunes sont en quête constante d’endorphines, surtout pendant les moments difficiles. Les trois facteurs majeurs qui augmentent la production d’endorphines sont : le contact intime avec les autres, les sports et les drogues.

Les mesures sanitaires privent les jeunes des deux sources saines d’endorphines. Nous enlevons aux jeunes leur capacité de faire face à leur vie.

On comprend qu’une partie de hockey avec des joueurs, des entraîneurs, des arbitres et des spectateurs dans les gradins peut rassembler une centaine de personnes, donc contribuer à la propagation du virus. Toutefois, un entraînement sans contact avec moins de 20 enfants et avec des mesures sanitaires strictes pose un risque presque nul. Sans séances organisées, certains jeunes ne prendront pas l’initiative de faire du sport pour se tenir en forme. Pour certains jeunes, être dans une équipe sportive est la seule motivation pour continuer à fréquenter l’école.

Les enfants qui participaient à des sports organisés où il était facile de les tester et de faire un traçage optimal de leurs contacts se retrouvent maintenant dans les ruelles ou dans les centres commerciaux. Conséquemment, il sera impossible de gérer la propagation du virus, et donc de protéger les personnes vulnérables avec lesquelles ils ont été en contact. Ce n’est qu’un exemple pour illustrer les effets pervers des décisions.

Rendons les sports organisés aux jeunes pour réduire les effets néfastes de la pandémie pour tous.

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