Nous sommes plusieurs femmes provenant de diverses régions du Québec, hors Montréal et Québec, à avoir participé à un laboratoire d’exploration unique organisé par Citoyenneté jeunesse dans le cadre d’Amplify, projet transatlantique de deux ans visant à amplifier la voix des jeunes dans la recherche de solutions durables. Notre laboratoire portait sur l’égalité des genres sous la lunette spécifique du sexisme ordinaire vécu par les femmes de 35 ans et moins.

Fouzia Bazid et Rosalie Dumont
Laval et Gatineau, ainsi que cinq signataires*

Parler de la question du sexisme ordinaire, c’est ouvrir le dialogue sur l’importance de la représentativité des femmes dans les instances décisionnelles. Comme première phase de ce laboratoire, nous avons mené une recherche et avons sondé des femmes issues de nos régions respectives autour de deux questions : dans un contexte régional, quelles sont les manifestations du sexisme ordinaire vécues par les femmes en situation de pouvoir ? Dans une perspective intersectionnelle, quels sont les impacts sur les femmes en situation de pouvoir ?

Nos constats

Le constat principal de cette première phase ? Le sexisme vécu par les femmes dans des situations de pouvoir est indéniable. Une quasi-unanimité des répondantes (92,5 %) a indiqué avoir été témoin d’une situation où une femme n’a pas été entendue à cause de son identité de femme. Cet état a, par conséquent, un impact sur la progression des carrières des femmes. En effet, une majorité des répondantes ont affirmé avoir renoncé à occuper un poste de pouvoir à cause du fait qu’elles étaient des femmes.

Des répondantes ont indiqué que les traits identitaires d’une femme peuvent la défavoriser dans des situations de pouvoir. D’une part, on observe une homogénéité d’identités des femmes qui ont accès aux espaces de pouvoir (femmes de classes moyennes, professionnelles et hétérosexuelles). D’autre part, certaines répondantes observent que les femmes issues des communautés plus marginalisées (identités culturelles, religieuses ou sexuelles) subissent des préjudices alimentés, entre autres, par l’ignorance ou l’intolérance.

D’ailleurs, plusieurs reconnaissent que les femmes qui n’adoptent pas les normes sociales de beauté (ex : rondeur, tatouage, perçage…) ont des contraintes supplémentaires dans leurs carrières. Cependant, adopter un comportement dit féminin peut aussi exacerber des préjugés, tel que les femmes ne peuvent pas être féminines et compétentes à la fois. Ainsi, 27,5 % des répondantes ont abordé cet enjeu important chez la femme : l’apparence physique.

Le projet Amplify en est maintenant à sa troisième phase. À la lumière des résultats obtenus dans le cadre de cette expérience, nous cosignons cette lettre ouverte pour réclamer à nos décideurs politiques d’agir pour lutter contre le fléau qu’est le sexisme ordinaire qui accapare les instances décisionnelles municipales et provinciales québécoises.

Le rôle de l’Assemblée nationale

Quand on parle de lutter contre le sexisme ordinaire dans les diverses instances décisionnelles, il est primordial de s’attaquer à l’instance au cœur des décisions prises pour l’entièreté de la province.

Depuis 1867, seule une femme a présidé l’Assemblée nationale du Québec, soit Louise Harel en 2002. Quant aux députées à l’Assemblée, elles représentent 44 % des parlementaires, et celles de moins de 35 ans comptent pour 13,6 % de la chambre. Bien que l’on reconnaisse les récentes avancées en matière de parité, ces progrès sont loin d’être acquis.

En quoi la question paritaire est-elle liée au sexisme ordinaire ? Une partie de la réponse repose sur les constats ressortis de la première phase.

Comment pouvons-nous demander aux femmes de s’impliquer davantage au sein des instances décisionnelles si elles finissent par se retrouver dans des environnements toxiques où on ne laisse pas la place aux femmes marginalisées, et où l’on accepte tacitement de réduire les femmes à leur apparence physique ?

Nos constats ne sont pourtant pas nouveaux et font écho aux récentes sorties publiques décriant le sexisme et la violence vécus par plusieurs politiciennes québécoises. En 2016, L’actualité révélait que « ce sont des hommes qui détiennent le pouvoir à l’Assemblée nationale ».

Or, malgré ces preuves accablantes, le plan stratégique de l’Assemblée nationale du Québec 2019-2023 ne contient toujours aucun objectif portant sur l’égalité des genres. En tant qu’institution démocratique au centre de l’échiquier politique québécois, il est primordial qu’elle agisse comme modèle pour toutes les autres instances décisionnelles régionales et municipales.

Une prise de conscience collective et l’intégration d’objectifs mesurables pour lutter contre le sexisme ordinaire au sein des instances décisionnelles sont nécessaires pour encourager davantage de femmes à aspirer à une carrière en politique.

À la lumière de ces constats, nous demandons que le prochain plan stratégique de l’Assemblée nationale intègre l’égalité des genres comme axe transversal et que cet axe soit élaboré par des femmes de l’Assemblée nationale.

* Cosignataires : Brianna Teupe, Laval ; Lauréanne Cauchy-Richer, Centre-du-Québec ; Laurie Desjardins, Lanaudière ; Marie-Lou Guay-Grand’Maison, Chaudière-Appalaches ; Rosalie Montminy-Morissette, Chaudière-Appalaches