Pendant une semaine, l’auteure s’est abreuvée exclusivement à Fox News pour la politique américaine. Regard critique sur la chaîne d’information en continu en pleine campagne présidentielle

Martine St-Victor Martine St-Victor
Stratège en communication et fondatrice de Milagro Atelier de relations publiques

Je continue mon régime, un jour après le déjeuner. L’émission de l’après-midi s’appelle America’s Newsroom, la salle de nouvelles de l’Amérique. Le drapeau américain est son habillage visuel et ressemble à ce qu’on voit lors des conventions républicaines.

On retrouve dans l’identité de marque de Fox News une sorte de patriotisme qui a toujours bien servi au Grand Old Party. Elle nourrit les guerres de cultures dont Trump se sert pour diviser et régner. L’agenouillement de Kaepernick, dire « Joyeux Noël », le blackface, le port du masque, celui du voile, le birtherism et autres enjeux que la chaîne de nouvelles a tous transformé en cheval de bataille contre les démocrates.

À Fox News, le racisme du président n’est pas choquant. Sa proximité avec le suprémacisme blanc n’indigne pas. Est-ce que tous les téléspectateurs et animateurs de Fox News sont racistes ? Non. Mais comme c’est le cas pour ceux qui votent pour Trump, ces dégoûtants écarts ne sont pas des deal breakers.

C’est un des derniers soirs de mon expérience et la nouvelle dominante à Fox News est celle des courriels d’Hillary Clinton. Les mêmes qu’il y a quatre ans.

Ceux qui ont encore moins à voir avec la prochaine élection présidentielle que celle de 2016. On ne parle pas trop de l’avalanche de tweets incohérents du président des dernières heures. Pourtant, elle confirme qu’il est instable et qu’il demeure incompétent pour le rôle de Commander-in-chief. Ce détachement de la réalité scie l’Amérique en deux. D’un côté, ceux qui voteront pour Trump dans moins d’un mois et de l’autre, ceux dont l’allégeance politique n’est pas dictée par Fox News.

Il y a de bons et rigoureux journalistes à Fox News. Je pense notamment à Chris Wallace et au Canadien John Roberts. Mais ils ne sont pas assez nombreux pour rendre cette chaîne d’informations crédible. La devise de Fox News est « Most watched, most trusted ». C’est-à-dire : « La plus écoutée et celle à qui on fait le plus confiance. » Les chiffres confirment que c’est vrai et ça m’effraie.

Des émules ?

Sa rentabilité me fait peur aussi parce qu’elle doit être bien alléchante aux yeux d’autres diffuseurs, ici et ailleurs. Un modèle d’affaires basé sur la propagande, sur les mensonges et sur les raccourcis pourrait-il aussi réussir au Canada ? En 2015, quatre ans après ses débuts, le réseau canadien Sun News a échoué. À l’époque, il fut écrit qu’un tel réseau aux vues partisanes conservatrices n’aurait jamais pu survivre plus longtemps. Serait-ce encore le cas aujourd’hui, alors que le Parti conservateur du Canada a remporté le vote populaire aux dernières élections fédérales, malgré la victoire du Parti libéral ? D’ailleurs, les « Canada First » et « Take Canada Back » d’Erin O’Toole, le nouveau chef du Parti conservateur, ressemblent à d’étranges versions de slogans du président Trump.

En France, depuis 2017, on retrouve CNews, une chaîne d’opinions. Des journalistes de son ancêtre I-Télé, qui ont claqué la porte en bloc, parlent plutôt d’une chaîne de désinformation. Elle penche vers la droite et sa plus populaire émission, Face à l’info, est une tribune pour le chroniqueur et polémiste Éric Zemmour, qui a plus d’un propos raciste sous la cravate. Tout ça est bien foxnewsesque.

Donald Trump a souvent dit qu’il était bon pour les cotes d’écoutes. Pour une rare fois, il a dit la vérité. Il est bon pour Fox News, oui, mais aussi pour les autres chaînes de nouvelles en continu.

Il est bon aussi pour les journaux. Depuis l’élection de Donald Trump en 2016, des publications comme le New York Times et le Washington Post ont enregistré d’importantes hausses d’abonnements. POTUS est bon aussi pour l’édition. Depuis que Trump est au 1600, Pennsylvania Avenue, plus de 1200 livres à son sujet ont été publiés et rares sont les semaines où au moins un d’entre eux ne se retrouve pas au sommet des palmarès des meilleurs vendeurs.

Si le président Trump devait perdre le mois prochain, ce n’est pas seulement l’échiquier géopolitique qui changerait, mais bien toute l’industrie des médias – celle qui a contribué à son élection. Comment s’adapterait-elle ? À voir au lendemain des élections, le 4 novembre, possiblement.