François Legault est en train de manquer de bonnes occasions d’agir pour limiter les effets de la pandémie sur les femmes. Sans surprise, sa relance économique est à l’heure actuelle axée sur les infrastructures et profitera largement aux hommes.

Caroline Senneville Caroline Senneville
Vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)

Les chiffres de septembre sont révélateurs : sept mois après le début de la crise sanitaire, la comparaison des données avec celles de février montre que la baisse de l’emploi touche plus les femmes (- 81 900 emplois) que les hommes (- 31 700 emplois). S’il persiste dans cette voie, le chef de la Coalition avenir Québec aura sur la conscience un recul important de la condition des femmes au Québec.

L’automne fournit au premier ministre plusieurs occasions pour repenser une société plus égalitaire. Les évènements entourant la Marche mondiale des femmes 2020, qui se déroulent en ligne depuis la mi-octobre pour culminer ce samedi, lui offrent notamment un tremplin extraordinaire pour démontrer une réelle intention d’agir.

Services publics sous respirateur

Le Québec expérimente de visu à quel point ses services publics sont fragiles. Ceux-ci étant sous-financés depuis des années, voire des décennies, nous en payons le prix aujourd’hui.

La pandémie a douloureusement mis en lumière les lacunes de l’organisation des soins, des services sociaux et de l’éducation dans des réseaux que les femmes portent à bout de bras.

Si le gouvernement ne réinjecte pas d’urgence des sommes massives pour régler les problèmes engendrés par ce sous-investissement, nous irons droit dans le mur. Cela signifie, entre autres, de rémunérer correctement les employés du secteur public et leur offrir des conditions de travail aptes à favoriser la rétention de personnel. Le gouvernement doit saisir la balle au bond dans sa négociation actuelle avec les travailleuses et travailleurs de l’État ; il ne peut se payer le luxe de les faire languir.

Racisme, violence, discrimination : les femmes en ont assez

Autre rendez-vous à ne pas manquer à l’automne : le dépôt prévu des recommandations du Comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale. Que fera le premier ministre dans un contexte de confinement où l’accentuation de la violence a été mise au jour ? La réaction du gouvernement concernant les recommandations du Comité nous permettra d’évaluer sa volonté de soutenir les victimes. François Legault devra aussi se faire plus convaincant quant à son intention de combattre les violences vécues par les autochtones, et principalement par les femmes. Car un an après la publication du rapport Viens, la mort troublante de Joyce Echaquan est venue révéler d’elle-même l’inaction de son gouvernement face aux Premières Nations.

Elles s’unissent malgré la pandémie

En outre, c’est 80 % de femmes qui, dans le contexte difficile qu’on connaît, prennent soin des populations de tous âges au sein des réseaux d’éducation, de santé et de services sociaux et dans les services de garde à l’enfance. D’autres peinent à joindre les deux bouts ; rappelons que les femmes sont plus nombreuses à occuper des emplois précaires, plus nombreuses dans des emplois à temps partiel et plus nombreuses à être payées au salaire minimum. Malheureusement, le projet de loi 66 visant à accélérer des projets d’infrastructure ne viendra en rien améliorer leurs conditions ; au contraire, ces projets profiteront peu aux femmes. Pourtant, selon l’Observatoire des inégalités, les emplois occupés majoritairement par des hommes ont presque tous été récupérés en septembre 2020 tandis que les femmes n’ont retrouvé que le tiers des emplois à majorité féminine qu’elles avaient perdus en raison de la pandémie. Par ailleurs, les reculs en matière environnementale contenus dans le projet de loi risquent aussi de toucher encore davantage leur qualité de vie.

Les femmes veulent des mesures concrètes pour combattre la pauvreté qui touche plusieurs d’entre elles et la violence dont elles sont victimes, pour instaurer une réelle justice climatique et pour favoriser l’égalité envers leurs consœurs issues de tous les peuples.

Ce sont là précisément les revendications de la Marche mondiale des femmes 2020. Ces mesures devront passer par une relance plus verte, plus juste et plus inclusive, qui reposera sur des emplois mieux rémunérés et sur des services publics qui leur permettront de veiller comme il se doit au bien-être de la population.

Il n’y a pas meilleur moment qu’une crise pour effectuer une transformation profonde de la société. Une contribution féministe à l’économie aurait beaucoup à apporter, vous ne pensez pas, Monsieur le Premier Ministre ?