En réponse au texte de Suzanne Colpron « Que vaudra notre diplôme ? »*, publié le 8 octobre

Julie Delisle et Nancy Aumais Professeures au département de management de l’Université du Québec à Montréal

C’est une vision peu nuancée que nous a présentée la journaliste Suzanne Colpron dans son article « Que vaudra notre diplôme ? » du 8 octobre. On y dépeint les étudiants comme « Démotivés. Démoralisés. Découragés. » par l’enseignement à distance. Selon les propos rapportés, les cours à distance ne seraient pas d’aussi bonne qualité que ceux en personne.

Une étudiante déplore l'impossibilité de poser des questions, le fait qu’il n’y ait pas de discussion et les « habiletés qui sont mises de côté avec l’enseignement à distance ». D’autres extraits déplorent la « perte de temps à cause des outils comme Zoom, les partages d’écran qui ne fonctionnent pas » et la difficulté de « regarder une personne parler pendant trois heures sur Zoom ». Une autre étudiante déplore que tous ses cours soient « la plupart en format asynchrone, ce qui veut dire sans interactions en temps réel avec les profs et les autres étudiants ».

Nous vous écrivons aujourd’hui pour faire part de notre réaction à ce portrait, car nous le trouvons réducteur et incomplet.

S’il y a, en effet, d’indéniables faux pas (nous sommes tous et toutes en adaptation) et une maîtrise inégale des outils, il serait bien de présenter les bons coups et les avantages de l’enseignement à distance.

Nous avons reçu des témoignages positifs spontanés de plusieurs de nos étudiants, qui se disent rassurés et affirment apprécier, voire préférer la formule actuelle. Ensuite, les pratiques dépeintes dans votre article ne sont pas inhérentes à l’enseignement à distance ni ne sont universellement adoptées. Si des collègues choisissent des formules asynchrones et magistrales, ce n’est pas le cas de tous et il serait bien de présenter un portrait plus juste qui reconnaît les efforts importants des enseignants et enseignantes du Québec en ce contexte inédit.

Nous partageons donc quelques constats et témoignages de nos étudiants.

L’interaction est possible

D’abord, il est possible de poser des questions à distance. Les outils offrent d’ailleurs des fonctions qui facilitent ces échanges (« lever la main », fenêtre conversation, émoticones, sondages, courriels, etc.). Dans le cadre de nos séances (synchrones, en majeure partie), nous proposons diverses activités individuelles ou collaboratives et animons des discussions. Nous avons d’ailleurs observé une augmentation du nombre d’étudiants qui participent (à notre surprise, il faut l’avouer) depuis que nos cours sont à distance. Peut-être est-il moins intimidant de poser une question par écrit qu’à l’oral ? Nous voyons ici un avantage de l’enseignement à distance. Ensuite, la présence en classe depuis le début du trimestre s’approche de 100 % dans nos groupes, chose rarement vue dans nos classes en personne. Nous pensons que cela mérite d’être souligné. De toute évidence, tous les étudiants ne sont pas démotivés.

Chercher l’équilibre

Un cours magistral de trois heures n’est jamais recommandé, nos équipes de soutien techno pédagogique, qui ont d’ailleurs fait un travail remarquable, l’ont maintes fois répété. N’avoir aucune période synchrone** dans un cours est à notre avis dommageable, car il prive les étudiants d’interactions essentielles pour leur apprentissage, sans parler du développement d’un sentiment d’appartenance et de liens sociaux avec leurs pairs. Il est donc crucial (et tout à fait possible, nous pouvons en témoigner) de créer de tels moments à distance. Ces interactions valent-elles celles en présence ? C’est discutable. Mais elles restent une occasion d’échanger et de briser l’isolement en incluant des activités en sous-groupes, en utilisant un tableau blanc sur lequel tous et toutes peuvent dessiner ou écrire, en utilisant des outils collaboratifs, etc. Les possibilités sont infinies et méritent d’être explorées. Il nous apparaît aussi souhaitable de rendre disponible des contenus accessibles en tout temps, pour favoriser un enseignement inclusif, et ce, particulièrement en ce moment.

Cela étant dit, le tout asynchrone apparaît présenter trop d’effets pervers pour être souhaitable, comme l’ont soulevé les témoignages que vous avez publiés.

Il y a bien sûr un temps d’adaptation, pour les enseignants comme pour les étudiants. Mais la perte de temps déplorée plus haut (qu’on retrouvait d’ailleurs en classe lorsque le projecteur ne fonctionnait pas) n’est pas inéluctable. Des outils bien maîtrisés permettent d’ailleurs un certain gain de temps, par exemple pour les exercices en sous-groupes, formés en un clic et qui permettent un retour en grand groupe qui n’implique pas de déplacement dans la classe, de discussions qui s’éternisent, etc.

Bref, loin de nous l’idée de nier les défis de l’enseignement à distance ni le contexte général difficile dans lequel nous nous trouvons qui implique un isolement plus ou moins grand et des difficultés diverses tant pour les étudiants, que pour les enseignants. L’enseignement à distance n’est certes pas une panacée et il est bien d’en questionner les pratiques. Toutefois, un portrait plus nuancé et plus juste serait à notre avis souhaitable, et moins démotivant.

* Lisez « Que vaudra notre diplôme ? »

** Nous nous excusons d’avance à Patrick Lagacé pour l’usage de ce mot.