Comme au printemps, le passage en zone rouge d’une bonne partie du Québec nous oblige à nous adapter. Seulement, le flou qui règne sur ce qu’il est possible de faire dans l’espace public est paralysant ; combien de temps cela va-t-il durer et que pourra-t-on mettre en place dans les prochains mois afin de conserver un semblant de vie normale ?

Jérôme Glad Jérôme Glad
Cofondateur de La Pépinière, espaces collectifs

Les incertitudes entourant les règles à respecter risquent de figer les acteurs. Plusieurs municipalités, sociétés de développement commercial, organismes communautaires et culturels doivent même se demander si cela vaut la peine de prévoir des projets pour cet hiver. Pourtant, il faudra trouver des manières de faire sortir les gens, pour ne pas que la pandémie se transforme en épidémie d’isolement social et de détresse psychologique.

Afin que la vie dans les villes ne s’éteigne pas, il faudra entre autres : améliorer l’expérience des rues commerciales pour aider les commerces locaux à rivaliser avec les grandes chaînes et le commerce en ligne ; valoriser les parcs de proximité pour offrir plus d’occasions de sortir et de profiter de l’hiver au coin de la rue ; et favoriser l’appropriation des ruelles blanches, des cours avant et espaces communs pour soutenir la vie de voisinage et les sorties spontanées.

Pour se retrouver dans ce qui pourra être fait, voici donc une proposition de charte COVID-19 des espaces publics, reprenant le code de couleurs du gouvernement, qui brosse un portrait, non pas des restrictions, mais des possibilités dans chaque zone.

En zone rouge

Rendre les espaces publics plus attrayants pour encourager les gens à sortir, sans créer de noyaux de rassemblement. Il est possible de passer un hiver agréable même en zone rouge, en misant sur quelques actions peu coûteuses :

1) Favoriser la déambulation grâce à des interventions qui embellissent les lieux, invitent à la promenade et encouragent la fréquentation des commerces locaux. Par exemple, les parcours illuminés transforment une simple balade en expérience. Il serait aussi souhaitable d’améliorer l’entretien des sentiers des parcs urbains, souvent difficiles d’accès à cause du verglas et des redoux.

2) Créer des aménagements chaleureux et conviviaux, qui incitent les gens à profiter de l’extérieur de manière confortable. En choisissant des endroits ensoleillés et à l’abri des vents, il est possible d’offrir des lieux extérieurs confortables en hiver.

3) Conserver les lieux de sports et loisirs. Les patinoires devraient rester ouvertes, elles sont des lieux d’ancrage importants pour les communautés. Découvrons également le eisstock, la pétanque sur glace inventée par les Allemands. Un autre jeu hivernal à redécouvrir : la glissade. En plus des buttes existantes dans les quartiers, il est assez simple de valoriser la neige des parcs ou de rues piétonnes pour favoriser le jeu libre des enfants.

PHOTO FOURNIE PAR LA PÉPINIÈRE

Une partie de pétanque sur glace au parc Notre-Dame-de-Grâce

4) Maintenir les marchés d’hiver, qui accueillent des commerçants locaux, restaurants, cafés ou boutiques, tout au long de la saison froide. À ce titre, espérons que les marchés de Noël pourront se tenir, en respectant les mesures sanitaires, comme l’ont fait les marchés estivaux.

En zone orange

Créer des lieux de rencontre attrayants pour socialiser, sans grands rassemblements, dans le respect des règles sanitaires :

1) Implanter des pôles hivernaux de proximité, qui dynamisent la vie autour des patinoires ou des buttes enneigées. Par exemple, pensons à ouvrir les chalets de parcs, pour que le public puisse s’y réchauffer.

2) Déployer davantage de terrasses publiques hivernales dans les parcs et les rues commerciales, pour créer des zones de rencontre chaleureuses qui permettront aux familles et amis de se côtoyer à l’extérieur.

3) Organiser des performances culturelles ponctuelles, à l’image de ce que l’on a observé cet été, notamment des spectacles déambulatoires non annoncés ou des performances de danse sur glace sur les patinoires de quartier.

En zones jaune et verte

Célébrer la saison froide tout en restant vigilants. La création des lieux polyvalents décrits plus haut permettra d’être réactifs en cas de changement de zone, afin de célébrer la saison froide quoi qu’il arrive :

1) Planifier des événements rassemblant jusqu’à 250 personnes, que ce soient des concerts extérieurs ou des activités festives sur les patinoires.

2) Tenir des festivals originaux et cabanes à sucre dans les quartiers, plutôt que des événements centraux qui réunissent de grandes foules.

Bâtir sur les expérimentations de l’été

Plusieurs orientations de cette charte de couleurs ont été expérimentées cet été par divers acteurs de l’espace public. Même lors du confinement, de nombreux lieux publics attrayants (plage urbaine, jardins, pavillons de parc) ont été aménagés pour inviter les gens à sortir, à voyager dans leur propre ville en toute sécurité et dans le respect des mesures sanitaires. Dans ce même esprit, il y a tellement d’initiatives simples qui pourront être déployées cet hiver pour améliorer la qualité de vie des citoyens, et cela, même si nous demeurons en zone rouge. Embellir la ville, l’illuminer, créer des foyers de convivialité et redécouvrir les plaisirs d’hiver de proximité sont des mesures qui contribueront à la santé publique.