L’Action de grâce au temps de la COVID-19 en zone rouge n’aura pas le même sens que d’habitude.

Julie du Page Julie du Page
Actrice, chroniqueuse, animatrice et blogueuse

Célébrer les récoltes autour d’un bon repas qui ne sera pas partagé lui donne un goût amer. Comment peut-on rendre grâce des bonheurs reçus en 2020 ? J’ai beau chercher, je n’en vois pas beaucoup. Une année à mettre au rancart et à oublier ! La liste des doléances est longue…

Les mesures gouvernementales annoncées en début de semaine dernière m’ont fait redoubler d’ardeur et d’arguments auprès de mes ados pour les encourager. La mission des parents devient de plus en plus compliquée.

L’une pleurait à l’idée d’aller à l’école seulement un jour sur deux. C’est une dernière année de secondaire qui devrait être une apothéose. Elle sera malheureusement bien chamboulée et loin des attentes d’une future diplômée.

Quant à l’autre, de nature plutôt introvertie, c’est la déception ! Intégrer la meilleure équipe de basket de son collège fut une victoire qui a nettement motivé son envie d’aller à l’école et d’y retrouver ses amis ! Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage. Les heures passées à pratiquer paniers, dribbles et feintes ont finalement été récompensées ! Brusquement, pour respecter les consignes sanitaires, il doit cesser de pratiquer son sport favori. J’ai beau lui répéter qu’à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, c’est dur à avaler !

Dans les deux cas, mes enfants comprennent les enjeux et sont assez raisonnables, bien qu’ils rechignent… Je ne veux pas attiser le feu et abonder dans leur sens. J’essaie de faire diversion même si cela me brise le cœur de nous savoir si impuissants face aux circonstances.

Je m’inquiète aussi pour mes parents, si actifs et dynamiques en temps normal. Ils ont l’impression, à juste titre, que de précieux mois leur sont volés. Des moments et des occasions qui ne reviendront pas… Il est plus aisé de s’adapter à des situations pénibles lorsque l’on peut percevoir la lumière au bout du tunnel. Or, encore aujourd’hui, rien ne montre que cette échéance est proche.

Cette pandémie a modifié considérablement notre façon de vivre. À différents niveaux, nous tentons de nous ajuster à ce climat anxiogène par de nouvelles habitudes.

Dans ce contexte particulier, il est facile de s’insurger, de refuser de comprendre et de douter. Même si cela demande un effort parfois épuisant, j’ai décidé d’aborder le tout autrement afin de sortir de ce marasme ambiant. J’essaie tout simplement de protéger ma santé mentale dans une conjoncture qui la fragilise pour beaucoup d’entre nous, jeunes et moins jeunes.

Remplacer l’insouciance et la joie de vivre par l’obéissance et la raison, ce n’est pas évident. S’il y a une leçon à tirer de tout cela, c’est qu’à l’avenir, peut-être apprécierons-nous mieux les bons moments de la vie…

Espérons qu’il s’agit là d’une situation provisoire. C’est peut-être cela, vivre d’espoir !

À l’an prochain, pour une vraie Action de grâce en famille et entre amis où nous pourrons être empreints de reconnaissance et de gratitude. À la grâce de…