On ne nuit pas à l’anglais quand on fait la promotion du français

Jonathan Plamondon Jonathan Plamondon
Porte-parole, Les Communes*

Depuis le discours du Trône du 23 septembre dernier, certains représentants de la communauté anglophone québécoise s’inquiètent de voir le gouvernement fédéral vouloir protéger et promouvoir le français non seulement à l’extérieur du Québec, mais aussi au Québec.

On affirme clairement que cela « va nuire à la capacité des employés à travailler en anglais » et que « ça va enlever des droits aux anglophones ».

J’ai 37 ans et je trouve que cette approche des langues officielles semble venir tout droit d’une époque que ma génération n’a pas connue et qui ne me semble plus justifiée. Après tout ce que nous avons vécu ensemble, je crois qu’il est temps que nous délaissions l’animosité des débats linguistiques du siècle passé au profit d’un dialogue pour que chaque Canadien trouve sa place dans notre société.

Parfois, l’inconnu engendre la peur. Plusieurs mythes au Québec existent sur les droits qui soutiennent nos langues officielles. Rappelons que la Charte de la langue française dans sa forme actuelle est loin d’être un excès linguistique, puisqu’elle a été validée par la Cour suprême du Canada.

Affirmer que la Charte restreint la langue de travail uniquement au français est l’un de ces mythes. Celle-ci stipule que l’on ne peut refuser d’embaucher ou de discipliner un employé parce qu’il ne maîtrise pas l’anglais lorsque les tâches de l’emploi ne le justifient pas. C’est donc au tribunal de déterminer si le français doit être l’unique langue de travail. Par exemple, la jurisprudence précise qu’un poste d’agent de bureau au cégep de Rimouski, une région du Québec sans communauté anglophone, nécessite la maîtrise de l’anglais.

Il n’y a donc aucune imposition unilatérale du français comme unique langue de travail pour l’ensemble des emplois au Québec. Au travail, la Charte vise à favoriser les communications en français et à éviter aux employés qui ne parlent que le français d’être pénalisés lorsque le bilinguisme n’est pas nécessaire pour faire leur travail.

Le discours du Trône n’a pas précisé comment le gouvernement fédéral protégera la langue française, mais le débat ici n’est pas sur les moyens à employer. La question soulevée par les craintes de certains représentants de la communauté anglophone nous fait demander si la protection et la promotion du français au Québec ont pour effet d’opposer les droits des francophones à ceux des anglophones. L’histoire de notre pays, telle qu’elle est aujourd’hui, démontre que non.

L’enjeu est donc de trouver les meilleurs moyens pour faire vivre nos deux langues officielles dans un monde qui ne cesse de s’homogénéiser.

En ce sens, plusieurs indicateurs démontrent un certain recul du français, notamment sur le marché du travail québécois. L’anglais comme lingua franca dans le monde, la globalisation de notre économie et la situation minoritaire du français en Amérique ont bien plus à voir avec cette réalité que votre présence, amis anglophones du Québec.

Je suis trop jeune pour avoir connu les déchirants débats entourant l’adoption de la loi 101, mais je sais qu’ils teintent encore la perception de beaucoup de gens face à des mesures qui visent la promotion du français. Je vous demande donc de laisser derrière nous ces blessures du passé afin que le débat d’aujourd’hui soit marqué par les faits plutôt que les mythes.

* Les Communes est un organisme voué au dialogue entre communautés sur des questions politiques publiques fédérales.