Le 3 octobre, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a relayé avec enthousiasme sur la plateforme LinkedIn un article de La Presse portant sur le lithium nécessaire pour fabriquer les batteries de véhicules électriques, cela afin de signaler les atouts du Québec dans la course pour des technologies vertes en transport terrestre.

Yvan Cliche Yvan Cliche
Fellow, Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM)

Dans le même temps, on pouvait lire dans The Economist (numéro du 19 au 25 septembre) qu’« une entreprise parrainée par Bill Gates et d’autres milliardaires envisage de chercher du cobalt au Québec ».

La mention du ministre et l’article du magazine pointent vers un enjeu en forte émergence, soit l’importance des minerais pour appuyer la transition énergétique.

Une demande en forte augmentation

Comme le secteur de l’énergie est un des gros contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre, tous les plans envisagés pour combattre le changement climatique insistent sur la nécessité d’accélérer la transition de l’ère du pétrole et du gaz vers l’électricité alimentée par des énergies renouvelables (eau, soleil et vent).

Les investissements dans ce secteur frisent déjà les 350 milliards par année à l’échelle mondiale. Et ils gagnent en momentum en raison des réglementations plus sévères en matière d’émissions, de la compétitivité du prix des énergies renouvelables et de la croissance énergétique des pays en développement.

Même élan pour les véhicules électriques. La firme McKinsey estime que 340 millions de ces derniers seront construits d’ici 2030. Cela signifie le déploiement accéléré de batteries pour apporter une solution au caractère intermittent des énergies renouvelables, et pour passer de l’essence à l’électricité dans le transport automobile.

Mais cette transition requiert beaucoup de minerais, rappelle l’Agence internationale de l’énergie. Les véhicules électriques, par exemple, ont besoin de cinq fois plus de minerais qu’un véhicule à essence. Pour combler ces besoins, un rapport de la Banque mondiale montre que la production de cobalt et de lithium devra s’accroître de presque 500 % d’ici 2050.

Les minerais, secteur dominé par la Chine

Or, cet approvisionnement est présentement largement dominé par la Chine. Pour couvrir l’immense croissance des renouvelables depuis une décennie dans ce pays (un impressionnant 450 000 mégawatts installés en éolien et en solaire présentement), la Chine a dû développer un vaste système de production et d’approvisionnement en minerais. Résultat : ce pays produit maintenant 70 % des panneaux solaires vendus dans le monde et 60 % des minerais rares utilisés notamment dans des moteurs électriques.

Inutile de dire que les États-Unis, de plus en plus inquiets de la montée de la Chine, s’en préoccupent, si bien que la question est dorénavant prise en compte à haut niveau. À preuve, en décembre 2017, les États-Unis ont signé un décret présidentiel (numéro 13 817) en vue d’une « stratégie fédérale afin d’assurer des approvisionnements fiables et sécuritaires de matières premières critiques ». Dans le même but, ils ont suivi en 2019 avec le lancement d’une Initiative de gouvernance des ressources énergétiques à laquelle s’est joint le Canada.

Ces actions révèlent un réel souci : celui, comme naguère avec le pétrole, de sécuriser des approvisionnements grâce à des alliances avec des fournisseurs fiables, notamment pour couvrir les besoins de firmes comme Tesla et les constructeurs automobiles.

Ces besoins sont appelés à croître : la Californie, meneur environnemental que les autres États américains imitent souvent par la suite, a adopté fin septembre un décret exigeant que tous les véhicules vendus dans l’État soient à émission nulle d’ici 2035, dans 15 ans à peine.

Étant donné la forte population qui y vit, ce sont des millions de batteries qui devront être construites pour la Californie et les États américains qui prendront cette voie.

Pour ce faire, les Américains voudront s’approvisionner auprès de fournisseurs fiables et « amis », en minerais, en batteries et en autres biens stratégiques, un sentiment accentué avec la COVID-19 et la difficulté de se procurer du matériel sanitaire trop souvent fabriqué en Chine.

Le Québec peut devenir un des acteurs stratégiques que recherchent nos voisins du Sud. Avec une présence dans toute la chaîne d’approvisionnement, de l’extraction à la production et au recyclage.

Nous sommes, notamment grâce aux recherches d’Hydro-Québec, dans la course pour développer une batterie lithium-ion performante et sécuritaire. Nous avons des minerais (cobalt, lithium) et une électricité propre et renouvelable, exigence de plus en plus pressante pour les investisseurs.

L’intérêt de Bill Gates et de ses amis aux poches profondes confirme ces indéniables atouts.