La saison des prix Nobel est en cours. L’engouement pour ces prix participe à une culture scientifique que nous devons souhaiter partager de manière plus large. C’est aussi l’invitation à faire du trio éducation, recherche et innovation une priorité collective.

Frédéric Bouchard Frédéric Bouchard
Doyen de la faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal

Plusieurs traitent à tort la culture scientifique comme étant destinée exclusivement aux enfants ou comme un plaisir de fin de semaine pluvieuse. Or, la culture scientifique offre beaucoup plus : elle nous apporte de l’émerveillement et elle nous permet de confronter et d’apaiser nos terreurs informes. En ces temps difficiles, il est donc essentiel de se souvenir que la culture scientifique est source de résilience et de bonheur. Les prix Nobel sont la pointe la plus étincelante de cette culture scientifique, mais ils doivent servir de porte d’entrée vers une recherche qui, dans toutes ses petites et grandes contributions, améliore nos vies au quotidien.

Notre fascination envers les lauréats de la recherche incarne un espoir collectif que notre avenir peut être meilleur que notre passé. Cet optimisme raisonnable est fondé sur les trois piliers de la société du savoir : éducation, recherche et innovation.

L’importance de l’éducation est reconnue de tous : nous devons nous donner les moyens de développer notre plein potentiel comme être humain. Grâce à l’éducation, nous aurons la confiance et les moyens nécessaires pour mieux comprendre et pour changer les choses tout au long de nos vies.

Ensuite vient la recherche qui doit être vue non pas comme une activité ésotérique de laboratoire et de bibliothèque, mais comme une aspiration collective de nous éloigner toujours plus loin des cavernes sombres de nos ancêtres. Nos chercheurs sont nos explorateurs et nos pionniers et leurs travaux nous révèlent les nouvelles contrées du savoir que nous pourrons ensuite explorer pour notre plus grand bien.

Dans cet esprit, les prix Nobel, Wolf, Killam, Acfas, Fields, Turing et autres grandes reconnaissances scientifiques ne sont pas seulement des médailles décernées à des individus d’exception, mais des trophées saluant l’audace et la réussite des communautés ayant soutenu leurs efforts. Les parcours de ces lauréats sont inspirants, mais n’oublions pas les efforts de tous les autres chercheurs qui démontrent que toutes les étapes de l’ascension de la montagne de la connaissance enrichissent nos vies. Leur curiosité et leurs aspirations dans tous les champs du savoir nous font tous grandir. Une société qui n’a pas l’ambition de gravir les plus hauts sommets ne pourra pas s’élever même un tant soit peu au-dessus de sa condition actuelle.

Après l’éducation et la recherche vient l’innovation. L’innovation est parfois technologique, parfois sociale, mais dans tous les cas, elle est la transformation de résultats de recherche en nouvelles manières de faire qui améliorent notre bien-être et nous rendent plus prospères.

Les gouvernements du Québec et du Canada souhaitent activement construire cette société du savoir. Par exemple, le Québec a adopté en 2017 sa Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SQRI 2017-2022). La même année, le Canada a effectué une grande consultation sur la science fondamentale, Investir dans l’avenir du Canada. Ces réflexions ont mené à des réinvestissements significatifs ainsi qu’à des initiatives majeures comme de nouveaux concours de subventions de recherche à très haut potentiel. Pointe à l’horizon l’écriture du prochain chapitre de nos politiques scientifiques. Au-delà des réinvestissements et des programmes, rappelons-nous que ces stratégies nous invitaient aussi à tous nous mobiliser envers l’importance de l’éducation, de la recherche et de l’innovation dans nos vies. Sur ce point, il nous reste beaucoup de chemin à faire.

Avons-nous vraiment assumé collectivement l’ambition d’ancrer notre avenir dans nos talents et nos idées ?

Éducation, recherche et innovation sont reconnues partout dans le monde comme les clés du succès, mais les sociétés qui se distinguent sont celles qui en font une aspiration collective et une ambition assumée. Ce fut le cas des États-Unis après la Seconde Guerre mondiale ou en Europe plus récemment avec les programmes Horizon 2020. On constate les avancées impressionnantes de la Chine et de la Corée du Sud en recherche et en innovation ainsi que les succès constants d’Israël et de l’Allemagne au même chapitre. Dans tous ces pays, le Ph. D. n’est pas tant un diplôme qu’un piolet permettant à une collectivité d’aller plus haut et plus loin. Pour ces sociétés, l’éducation, la recherche et l’innovation sont les sentiers les rapprochant des plus hauts sommets du savoir ainsi que des bienfaits sanitaires, culturels, sociaux, économiques et technologiques qu’elles y trouveront.

Rappelons-nous donc que la culture scientifique est la carte vers ce sommet que nous devrions tous souhaiter gravir ensemble.