Quand j’ai appris qu’il avait la COVID-19, comme beaucoup de personnes, j’ai pensé que c’était encore une manigance pour faire oublier son pitoyable, agressif et irrespectueux débat et changer de « narratif » médiatique. J’ai pensé à la stratégie de l’enfant qui s’invente des maux de ventre pour ne pas aller à l’école ou du piqueniqueur qui lance au loin un morceau de poulet pour éloigner les goélands qui le harcèlent.

Publié le 3 oct. 2020
Boucar Diouf
Boucar Diouf Humoriste, conteur, biologiste et animateur

L’art de dévier l’attention médiatique quand il est dans l’eau chaude, c’est la spécialité de Donald. Mais permettez-moi d’arrêter ici pour ne pas tomber dans le complotisme, car peut-être qu’il a effectivement la COVID-19. Auquel cas, on ne peut que lui souhaiter bonne chance. De toute façon, mon sujet est ailleurs et j’y arrive maintenant.

J’ai écouté le débat Biden-Trump et c’était à l’image de l’Amérique d’aujourd’hui : un empire qui vacille sous le poids des divisions, des réclusions identitaires et des haines croisées. Tous ces démons des États-Unis qui somnolaient ont été réveillés, secoués, nourris et décomplexés par le sympathique Donald. Je me demande d’ailleurs comment des puissances rivales comme la Chine ou la Russie regardent et évaluent la santé générale de ce pays. Comment interprètent-elles le pathétique théâtre qui s’y joue depuis quatre années ?

J’ai l’impression que le régime communiste de Pékin doit se frotter les mains en se disant : « À les voir s’entredéchirer et se dépatouiller si pitoyablement, y compris avec le virus, en cas de bisbille, on pourra éviter la confrontation en les poussant à l’autodestruction. Pour ce faire, il suffira simplement d’instrumentaliser les radicaux de tout acabit qui y abondent. »

PHOTO CARLOS BARRIA, REUTERS

Des policiers tentent de faire cesser une bagarre entre des manifestants du mouvement Black Lives Matter et des partisans de Donal Trump, à Salem, en Oregon, le 7 septembre.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à gauche comme à droite, ce ne sont pas les choix qui manquent pour trouver ces extrémistes.

En Amérique, en plus des radicaux de la race et de la religion, il y a ceux du port d’arme, les suprémacistes blancs, les complotistes et encore plus.

Tous ces groupes et groupuscules sur le pied de guerre sont symptomatiques d’un pays qui semble désormais assis sur un volcan. Pour catalyser l’irruption en début novembre, ça prend une petite étincelle et un accélérateur nommé Donald. Pour le reste, les médias sociaux feront le travail. Si Trump a la COVID-19, l’Amérique, elle, est malade d’un autre microbe nommé Donald.

Au-delà de sa mythomanie et de sa santé mentale douteuse, je crois que le plus grand danger de ce président, c’est son racisme décomplexé qui l’amène à célébrer au grand jour bien plus la blancheur que la grandeur de l’Amérique. Ce racisme qui l’a amené pendant le débat à refuser de condamner des idéologies aussi xénophobes et violentes que le suprémacisme blanc, le Ku Klux Klan et les Proud Boys. Ce dernier groupe, d’extrême droite, se dit pour la défense de la civilisation occidentale et le retour de la femme au foyer.

Même si on le soupçonnait déjà largement, ce débat nous a confirmé que Donald est un fasciste et un suprémaciste digne d’être membre honoraire du KKK. La preuve, tous ceux qui aspirent au pouvoir sans être caucasiens le dérangent. Ça a commencé avec Barack Obama. Le gars est né à Hawaii d’un père africain et a passé une partie de son enfance en Indonésie, donc il n’est pas Américain. Dans sa vision raciste, Kamala Harris, née d’une mère d’origine indienne et d’un père d’origine jamaïcaine, n’est pas Américaine non plus. En juillet 2019, c’était au tour des élues démocrates Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaib, Ilhan Omar et Ayanna Pressley de goûter à la médecine xénophobe du « premier président blanc de l’Amérique ». C’est ainsi que l’a qualifié l’essayiste Ta-Nehisi Coates. S’il est le premier président blanc, dit-il, c’est en réaction à une présidence noire d’Obama, « avec sa réforme noire de la santé, son accord noir sur le climat, sa réforme noire de la justice ».

Le sympathique Donald est donc arrivé au pouvoir investi d’une mission : effacer toutes les traces laissées par le passage d’Obama dans cette maison dite blanche.

En cette période de campagne électorale, comme on pouvait s’y attendre, le voilà qui galvanise les nostalgiques du temps des plantations de coton. Je parle ici de cette idéologie suprémaciste qui a pris les armes dans le but de séparer les États du Sud du reste de l’Amérique. Pour paraphraser l’humoriste américain George Carlin, ils réclamaient paradoxalement la liberté pour ne pas perdre le droit de posséder des esclaves. Ce sont les mêmes qui se braquent et se radicalisent quand ils voient les manifestations qui se produisent ces temps-ci dans certaines villes américaines. Pourtant, il fallait s’y attendre. Ça fait plus de 400 ans que les États-Unis séparaient arbitrairement les couleurs pour toujours placer le blanc au-dessus de la pile. Tout ce que demandent ces brassées de manifestants en ces temps où leur président lave plus blanc que blanc, c’est entre autres de mettre de l’assouplissant dans leurs corps policiers. Autrement dit, de passer de spin à cycle délicat, car les vies noires comptent aussi.

Au lieu d’écouter cette légitime demande et de rassembler, Donald profite des malheureux et regrettables dérapages dans le mouvement pour enterrer les cris de détresse dans un torrent d’insultes et de mépris, la main sur une bible. Il ne lui manquait que la tunique blanche avec la cape et une croix enflammée pour montrer sa véritable nature. Mais savez-vous quoi ? Personnellement, voir Donald brandir une bible ou faire semblant de s’émouvoir devant les leaders ecclésiastiques, ça me fait rire. En cause, avec son épouvantable passé, dont sa génétique de menteur compulsif, ses criminelles mains baladeuses et ses galipettes avec une actrice porno alors que sa femme venait à peine d’accoucher, on n’a pas besoin de l’espionner dans un confessionnal pour comprendre qu’il est bien plus proche d’un disciple de Satan que d’un véritable croyant.

Alors pourquoi fait-il tout ça ? Pourquoi essaye-t-il de paqueter la Cour suprême américaine d’idéologues au service de la vie après la mort ? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans sa volonté décomplexée de redonner à l’Amérique sa blancheur républicaine.

Pourtant, Donald a beau vouloir contrôler l’utérus des femmes ; radicaliser le nationalisme chrétien blanc ; commander des statistiques sur le pourcentage de Caucasiens et son évolution future dans la société américaine ; échafauder des théories de remplacement populationnel, le changement se poursuit et il n’y aura pas de retour en arrière. Ces ajouts de nuances à la blancheur de l’Amérique sont imparables. Et la seule façon intelligente de composer avec cette réalité, c’est de travailler à additionner les appartenances et les origines autour du drapeau et non en discriminant les gens par la couleur, l’origine des parents, le nom et la religion comme le fait dramatiquement Donald. Permettez-moi de rajouter ici que les démocrates ont aussi exploité à leur façon ce filon de la division avec leurs politiques clientélistes qui ne favorisent pas toujours un vivre-ensemble harmonieux.

Désormais kidnappée par un démon-crate qui ne lésinerait sur aucun moyen pour s’accrocher au pouvoir, l’Amérique retient son souffle et se demande ce qui va se passer le 3 novembre. Personne ne sait. Mais en attendant, gageons qu’avec toutes les nominations opportunistes de juges de la droite religieuse, bientôt les athées et les minorités sexuelles vivront leur temps des inquisitions dans certains coins de la plus grande théocratie chrétienne du monde occidental que deviennent indéniablement les États-Unis.

Que va-t-il se passer si cet intimidateur déjà drogué au pouvoir se fait montrer la porte un peu moins clairement à la prochaine élection ? Acceptera-t-il d’être bon perdant et de se tasser malgré ce qu’il raconte ? Qui sera l’arbitre advenant l’éventualité qu’il conteste sa défaite ? Est-ce que c’est la majorité de juges de la droite religieuse de la Cour suprême qu’il s’est constituée ? Chose certaine, Donald a annoncé clairement ses couleurs pendant le premier débat. Il a déjà anticipé des fraudes massives destinées à lui voler la victoire. Alors, connaissant la bête, on peut penser que les risques qu’il s’autoproclame vainqueur avant la fin du dépouillement sont bien réels. Plus préoccupant encore, il a même demandé à un groupe d’extrême droite de rester prêt. Prêt pour quoi ? L’issue du scrutin nous le dira. Mais en attendant, espérons pour une fois que tout ça n’est que bullshit comme il en sort presque chaque fois qu’il ouvre la bouche.

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