Un million d’écoliers, d’élèves et d’enseignantes sont retournés dans les écoles primaires et secondaires du Québec à la fin d’août. Bien que le milieu scolaire soit bénéfique au bien-être et au développement des enfants et des jeunes, les cas qui se multiplient dans les écoles le démontrent : nos établissements d’éducation peuvent bel et bien devenir des lieux de transmission communautaire.

Marie-Michelle Bellon, Nancy Delagrave et Caroline Duchaine Respectivement spécialiste en médecine interne, physicienne et microbiologiste, et 25 cosignataires*

Au moment où de plus en plus de régions passent au niveau d’alerte orange et où les villes de Québec et de Montréal passent au rouge, nous sommes préoccupés par le fait que, selon les données du ministère de l’Éducation du 28 septembre, 618 classes sont en quarantaine dans la province.

En tant que médecins et scientifiques soucieux de limiter la propagation de la COVID-19, nous demandons au gouvernement québécois de faire tout ce qui est en son pouvoir pour réduire les risques de contagion dans les quelque 3000 écoles primaires et secondaires de la province – et cela passe par l’adoption urgente de mesures relatives à l’aération et à la ventilation.

Le risque de contamination au nouveau coronavirus est à son maximum dans un local fermé abritant plusieurs personnes ayant un contact prolongé et ne portant pas le masque. C’est exactement la situation qui caractérise les dizaines de milliers de classes du Québec.

Or, le plan de la rentrée scolaire, qui prévoit le lavage fréquent des mains et la désinfection des surfaces, est totalement muet quant à la ventilation. Dans un contexte où les élèves se côtoient étroitement sans masque dans leur bulle-classe, et ce, au moment même où l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) nous dit que « de plus en plus d’auteurs sont d’avis que la propagation par des aérosols infectieux est plausible et doit être prise en considération », le principe de précaution doit s’appliquer.

« Vous voulez laisser les écoles ouvertes ? Ouvrez les fenêtres », conseillent les experts du programme Healthy Buildings de l’Université Harvard. Puisque nombre d’écoles du Québec ne disposent pas de systèmes de ventilation mécanique, l’ouverture des fenêtres et des portes de classe, même par temps froid, est la solution de choix pour éviter que le virus dégagé par une enseignante ou un élève asymptomatique en parlant et en respirant ne se propage à d’autres. Lorsque l’ouverture des fenêtres et la ventilation sont impossibles, il faudra au minimum purifier l’air à l’aide de filtres.

Il en revient donc au Ministère de systématiser rapidement l’implantation de mesures d’aération et de ventilation dans toutes les écoles du Québec – et d’assumer les coûts qui lui sont associés. L’objectif : que l’air des classes soit changé cinq fois par heure pour diluer efficacement le coronavirus. Selon les experts de Healthy Buildings, il suffit la plupart du temps d’ouvrir les fenêtres d’une vingtaine de centimètres pour y arriver.

L’heure n’est pas aux mesures d’économie d’énergie, nous disent les autorités citées par l’INSPQ. Assumer des frais de chauffage plus élevés se traduira par un moins grand nombre de classes en isolement et de tests à administrer. Le ministère de l’Éducation doit donc rapidement donner cette consigne à tous les gestionnaires des bâtiments scolaires en plus de considérer l’achat de détecteurs de CO2 et de purificateurs d’air portatifs munis de filtres HEPA.

Certaines commissions scolaires ont déjà donné la consigne de ventiler – mais pas toutes. Certaines enseignantes ont pris l’initiative d’acheter des purificateurs d’air, mais elles craignent qu’on leur en interdise l’usage par souci d’équité.

Pourtant, l’équité voudrait justement que tous soient égaux face au risque de contamination au coronavirus, ce qui est loin d’être le cas dans un parc immobilier où certaines écoles sont particulièrement vétustes.

Le temps presse, la santé publique est en jeu. La récente annonce du gouvernement d’un budget de 20 millions pour la ventilation est une bonne nouvelle. Mais le plan de lutte contre la pandémie doit édicter clairement des consignes afin que les responsables du réseau scolaire se concentrent sur les bonnes priorités, et que la présence du virus dans l’air soit rapidement minimisée dans l’ensemble des écoles. Si maintenir les établissements d’éducation ouverts est vraiment une priorité pour le ministère de l’Éducation, le temps est venu d’agir.

* Cosignataires : Nimâ Machouf, épidémiologiste ; Donald Cuong Vinh, microbiologiste-infectiologue, directeur Biobanque du CUSM pour COVID-19 ; Amir Khadir, microbiologiste-infectiologue ; Nicole Dedobbeleer, professeure titulaire à la retraite, École de santé publique, Université de Montréal ; François Béland, professeur titulaire, École de santé publique, Université de Montréal ; René Lesage, professeur de chimie-physique retraité, UQTR ; Mélanie Roy, ophtalmologiste ; Nataly Trang, ophtalmologiste ; Mathieu Gauvin, scientifique des données, directeur de recherche et développement chez Lasik MD ; Stéphane Bilodeau, ingénieur mécanique ; Michel Camus, épidémiologiste environnemental ; Vincent Bouchard-Dechêne, interniste, chef du service de médecine interne, hôpital Notre-Dame ; Lavanya Narasiah, médecine familiale et santé publique ; Alain Vadeboncoeur, urgentologue ; Morency Duchastel, médecin omnipraticien ; Caroline Thibault, médecin à l’urgence ; Nadine Lahoud, spécialiste en médecine interne ; François de Champlain, chef de traumatologie au CUSM ; Marie-Pascale Pomey, professeure titulaire, École de santé publique, Université de Montréal ; Lambert Farand, professeur agrégé, École de santé publique, Université de Montréal ; Marie Hatem, professeure titulaire, École de santé publique, Université de Montréal ; Simon Fiset, physicien ; Isaac Assaraf, logisticien en infrastructure médicale ; avec la collaboration de Josiane Cossette, conceptrice-rédactrice indépendante et présidente du CE d’une école primaire, et de Patricia Clermont, porte-parole du mouvement « Je protège mon école publique »