Les Premières Nations sont des peuples autochtones qui possèdent un statut bien particulier dans la société canadienne et québécoise.

Ghislain Picard Ghislain Picard
Chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec–Labrador

Malgré des progrès importants, notre histoire, nos cultures, nos droits et nos réalités demeurent grandement méconnus. Cette méconnaissance est source de nombreux mythes, de préjugés et, il faut le dire, de racisme.

Je sais bien que le racisme que nous subissons n’est pas toujours intentionnel. Il est souvent le fruit de biais inconscients. Il est aussi très souvent le fruit de politiques gouvernementales qui conduisent à ce que l’on peut qualifier de discrimination systémique.

Je sais aussi que nous avons, dans la société civile et la population québécoise, de plus en plus d’alliés. Je vois les choses progresser dans le bon sens, notamment auprès des jeunes générations qui ont l’avantage de bénéficier d’un enseignement plus juste de notre histoire, particulièrement sur notre présence millénaire sur ce territoire dont la grande partie demeure non cédée, ainsi que sur les politiques d’assimilation dont nous avons été l’objet.

C’est donc dans un esprit d’amitié que je m’adresse aux Québécois afin de vous inviter à devenir nos alliés dans la lutte contre le racisme et la discrimination à l’égard des Premières Nations.

C’est aussi en rappelant nos alliances passées que j’exprime mon optimisme quant au fait que le peuple québécois est prêt à polir la chaîne d’alliance qui a trop souvent été rompue.

Souvenons-nous

Si le Québec existe, s’il existe une nation québécoise qui prospère en Amérique, c’est beaucoup grâce aux alliances avec les Premières Nations. L’histoire serait bien différente si ce n’était la volonté des Premières Nations (qui occupent ce territoire depuis déjà plusieurs milliers d’années) de permettre aux Français nouvellement arrivés ici d’ériger leurs premières installations permanentes. Cette entente entre nos peuples, c’est la « Grande Alliance », un traité conclu en 1603 avec Samuel de Champlain.

Plusieurs autres alliances dites « de paix et d’amitié » ont été conclues au fil de l’histoire entre nos ancêtres. Chez plusieurs de nos peuples, les principes devant guider le respect de ces alliances étaient métaphoriquement appelés « chaînes », marquant l’importance des liens à préserver. Et, de fait, les alliances demandent souvent à être confirmées, consolidées, renouvelées, de la même façon qu’une chaîne doit être bien entretenue pour ne pas se briser.

Aujourd’hui, je me permets de rappeler quelques étapes charnières de nos relations : outre la Grande Alliance de 1603, souvenons-nous de la Grande Paix de Montréal (1703), du Traité de 1760 avec la Nation Wendat, de la Proclamation royale de 1763, de la Convention de la Baie-James (en 1975 avec les Cris et les Inuits, et en 1978 avec les Naskapis), et j’en passe.

Depuis, nous avons vécu la crise d’Oka et plusieurs autres conflits qui ont terni nos relations. Nous avons oublié ou abandonné nos alliances. Ce n’est pas la faute des Québécois. Les enjeux que nous connaissons aujourd’hui sont en grande partie le fruit de politiques coloniales et d’un système gouvernemental érigé de manière à discriminer les Premières Nations. C’est ce qu’on appelle le racisme systémique ou la discrimination institutionnelle.

Voilà pourquoi l’Assemblée des Premières Nations Québec–Labrador a décidé d’être proactive et de produire son propre Plan d’action contre le racisme et la discrimination, qui comprend des dizaines d’actions concrètes qui peuvent être adoptées dès aujourd’hui.

Il y en a pour les municipalités, pour les institutions scolaires, pour les entreprises et pour toutes les organisations de la société civile, tout comme pour les individus. Chacun peut contribuer.

Évidemment, ces appels à l’action auprès de la population québécoise n’ont pas pour objectif de décharger le gouvernement du Québec de ses responsabilités. Nous allons continuer d’interpeller le gouvernement afin que des gestes concrets soient adoptés. Nous allons le faire avec votre appui et dans une démarche constructive.

J’invite donc tous les Québécois à prendre connaissance de notre Plan d’action contre le racisme et la discrimination et à devenir des alliés des Premières Nations.

Tous ensemble, nous pouvons faire une différence.