Aujourd’hui, je prends la plume car je viens tout juste de finir la lecture du rapport Beaupré, commandé par la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy… et je suis mécontente.

Carolina Gallo Carolina Gallo
Avocate et cadre senior dans une multinationale au Canada*

Membre engagée au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), notamment à titre bénévole pour collecter des fonds, je soutiens cette institution depuis longtemps. Si gouvernance égale excellence, les membres du conseil d’administration ont failli bien souvent : trop souvent.

La ministre Roy, une femme de tête, a bien fait d’enquêter sur la gouvernance du MBAM, et ses recommandations sont nécessaires pour mieux outiller cette institution. Il nous fallait une femme au gouvernement pour lever le voile sur les défaillances qui entachent ce conseil : un conseil de l’entre-soi dominé par un patriarcat désuet ?

Vivement une femme présidente au Musée des beaux-arts de Montréal ! Pourtant, ce jour n’est pas encore arrivé…

La succession des présidents, au profil plus ou moins identique, au cours des dernières décennies démontre à quel point le MBAM demeure rétrograde alors que le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée des beaux-arts du Canada sont présidés aujourd’hui par des femmes. Quant au président sortant, il aura eu le mandat le plus court de l’histoire du MBAM, soit un peu plus d’un an : sa démission en dit long sur son fiasco alors que le rapport Beaupré indique les nombreuses problématiques à son bilan. Pour le remplacer, la logique aurait été de choisir une personne extérieure, sans conflit d’intérêts, ni collectionneur ni mécène, au-dessus de la mêlée, et pour la première fois une femme. Au lieu de quoi, on prend les mêmes et on recommence dans ce jeu de chaises musicales entre copains. Force est de constater que si le MBAM est devenu un musée d’avant-garde, ouvert sur sa communauté et résolument social, sous l’ère Bondil (une femme, tiens donc ?), le conseil quant à lui ne s’est jamais modernisé. Pire, il ne s’est jamais remis en question, hier pas plus qu’aujourd’hui, alors que le rapport Beaupré l’étrille d’un bout à l’autre.

Respect asymétrique

Pourquoi le conseil ne saisit-il pas cette occasion pour changer de présidence ? Pourquoi nous faire croire qu’il peut faire du neuf avec du vieux ? Est-ce parce que le leadership des femmes, professionnelles et charismatiques, dérange ? Doivent-elles toujours afficher un sourire pour être acceptées dans ce monde mâle ? Peuvent-elles exister dans une posture d’autorité sans se faire critiquer ? Cette asymétrie dans le respect du leadership entre hommes et femmes existe, hélas, très souvent, trop souvent. Nous aimons nos femmes leaders… mais à condition qu’elles ne le soient pas trop. Pourtant, nous ne manquons pas de femmes de grand talent, dont la réussite fait l’admiration (ou l’envie) de nombreux hommes. Je ne parle pas de diplômées, de femmes ou filles de, mais bien de personnalités courageuses et indépendantes d’opinion… Des femmes d’exception comme, par ailleurs, Alanis Obomsawin qui siège au conseil du MBAM.

Pour changer ce profil, un peu trop mâle et un peu trop blanc, qui domine le conseil du MBAM, quatre femmes se présentent à l’élection pour siéger au conseil d’administration le 29 septembre : tant mieux !

Elles sont fortes, expérimentées, indépendantes, bref indispensables pour – enfin – moderniser sa gouvernance dans le sens souligné par la ministre Roy. Plutôt que d’accorder ma confiance aux membres actuels qui ont, suivant le rapport Beaupré, failli sur tant de points, je préfère donner la chance à ces citoyennes extérieures et intègres, soit Caroline Codsi, Valentine Goddard, Claudette Hould et Lydie Olga Ntap. Je ne les connais pas, mais j’admire leur engagement démocratique.

Ces femmes remarquables ont choisi de s’engager pour moderniser le Musée des beaux-arts de Montréal. Elles affrontent la machine institutionnelle et médiatique du MBAM que les membres du conseil d’administration détournent pour leur propre pouvoir afin de se faire réélire. À nouveau, on mesure l’injuste asymétrie !

* Carolina Gallo est présidente du conseil d’administration de Consortium de recherche et d’innovation en transport urbain au Canada