Au début du mois d’avril dernier, la Sureté du Québec (SQ) et le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) rapportaient une hausse marquée du nombre de signalements en matière d’exploitation sexuelle d’enfants sur l’internet et en appelaient à la vigilance des parents.

Diane Matte Diane Matte
Cofondatrice de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle

L’UNICEF, à la même période, lançait une mise en garde claire quant à l’augmentation des cas de cyberexploitation sexuelle des mineures sur le web, dans le contexte entourant la pandémie de COVID-19 où les jeunes (et les prédateurs) demeurent confinés devant leur ordinateur. En mars et en avril dernier, l’Australie a connu une augmentation de 27 % et de 37 % des cas d’abus et de partage de matériel sexuel de mineures sur la toile.

D’un côté, les jeunes sont mal informés et ne comprennent pas toujours ce qu’ils sont en train de faire face à une situation d’exploitation sexuelle et, de l’autre côté, les parents se sentent démunis, sans ressources et ne savent pas sur quelles plateformes leur enfant a l’habitude de « surfer ». À long terme, les études démontrent que l’impact des comportements des prédateurs sur le web est immense sur la santé psychologique des jeunes. Force est de constater que les cas ne cessent d’augmenter et qu’il est grand temps, collectivement, d’agir.

La cyberexploitation se décline sous plusieurs formes souvent minimisées ou jugées inoffensives. Ces cas peuvent être appelés textopornographie (sexto), cybervoyeurisme, cybervengeance pornographique, sextorsion et cyberprostitution, pour ne nommer que ceux-là. Considérant le contexte de la pandémie, les cas d’exploitation sexuelle sur le web continuent à prendre de l’ampleur. Il est urgent de déployer des actions concertées afin de contrer ce fléau.

Nous souhaitons que le message soit clair : le gouvernement du Québec doit prendre action dès maintenant sur le phénomène de la cyberexploitation sexuelle et libérer les fonds nécessaires afin de bonifier la prévention auprès des jeunes, de permettre aux intervenants d’être plus efficaces sur le terrain et de développer tous les outils d’apprentissage nécessaires tant pour les jeunes que pour leurs parents.

Le 21 septembre dernier débutait « Full célèbre », notre nouvelle campagne de sensibilisation sur le phénomène croissant de l’exploitation sexuelle chez les jeunes Québécois. En partenariat avec plusieurs organismes communautaires et institutionnels, nous avons mis sur pied une campagne ludique qui parle aux jeunes tout en donnant des outils pratiques aux parents. Nous avons également produit le tournage d’un panel animé par la personnalité publique Rosalie Bonenfant sur le phénomène, réunissant des intervenantes d’expérience. Cette production est également disponible sur le web.

Nous souhaitons que l’on bonifie les cours d’éducation sexuelle en abordant de front le phénomène de l’exploitation sexuelle y compris la cyberexploitation sexuelle en plus d’accroître substantiellement le budget destiné aux organismes qui luttent contre la cyberexploitation. Nous sommes peu nombreux et devons fonctionner avec des moyens limités pour un trop large bassin de jeunes à risque.

C’est maintenant qu’il faut agir : nous sommes prêts, nous sommes unis et nous souhaitons vivement collaborer à enrayer les cas de plus en plus nombreux afin de protéger nos jeunes. Nous devons prendre les moyens pour dire à nos enfants à quel point il faut être vigilant avant de partager des images osées ou de confier des vidéos très personnelles à des individus que l’on croit bien connaître sur les réseaux sociaux. Donnez-nous le levier pour mieux intervenir et permettons à nos jeunes de devenir « full célèbres »… mais pour les bonnes raisons.

Découvrez la campagne « Full célèbre »