Lundi dernier, j’écoutais un sceptique de l’existence du virus me dire qu’il était tanné du mépris que certains portaient envers son mouvement et ses acteurs. Je ne lui ai pas répondu, je respecte son opinion. Par contre cette phrase sur ce fameux mépris auquel il fait référence m’a fait réfléchir sur qui est le plus méprisé dans cette histoire-là.

Alex Lépine Alex Lépine
Élève au collège André-Grasset

Je suis fils, comme plusieurs, d’une travailleuse de la santé. Ma mère a été préposée aux bénéficiaires dans sa jeunesse pour ensuite devenir physiothérapeute dans le réseau pour finir comme chef d’équipe au soutien à domicile. Elle a donné sa vie à notre système de santé, et malgré tous les défauts qu’on peut trouver à notre sacré système, il y a bien une chose d’évidente : contrairement aux masques que nous avons en quantité limitée, aux jaquettes impossibles à trouver, la passion, la détermination et l’effort des travailleurs de la santé sont des ressources, hélas, loin d’être en pénurie.

Durant la première vague qui a frappé de plein fouet nos CHSLD, j’ai été témoin, à chaque souper, du travail inhumain auquel s’astreignaient nos soldats, et surtout nos soldates, étant donné que le réseau de la santé est majoritairement composé de femme.

À chaque repas, j’avais droit à un récit à la limite de l’imaginable sur ce à quoi avait ressemblé la journée de ma mère.

Sans rentrer dans les détails, je peux vous dire que le plus grand des sceptiques serait choqué à l’écoute de ces histoires.

Plus la crise avançait, plus le nombre de cas augmentait, plus le nombre de résidences touchées croissait, plus les soupers arrivaient tard. Ma sœur et moi nous occupions du repas en attendant que notre super héroïne revienne de sa mission. Chez nous, le souper c’est chose sacrée. Il n’y a pas de cellulaire, on discute de nos journées. Par contre, en temps de COVID-19, il faut laisser faire le sacré, ma mère gardait son cellulaire à portée de la main, toujours prête à répondre pour régler un autre de ces problèmes à mes yeux insurmontables, mais qui pour elle et son calme olympien se règle en prenant le temps de trouver une solution. Parce qu’en période de pandémie, on se doit d’être proactif, ce sont des vies qui sont en jeu. Des fois, je demande à ma mère pourquoi elle ne se fâche pas face à ces problèmes profonds qui rongent notre système, ces mêmes problèmes que nous ressortons depuis le début de la crise. Elle de me répondre : « Tu sais, ça ne sert à rien de se fâcher quand tu n’as pas le contrôle dans la vie, je n’ai pas le pouvoir de tout changer, par contre j’ai le pouvoir, et surtout la responsabilité, de tout faire pour offrir le meilleur soutien à mes patients. C’est sur ça que je me concentre. »

Un appel à Pâques

J’ai vu ma mère arriver du boulot découragée, fatiguée, à bout de souffle, cela dit jamais l’idée d’abandonner ne lui effleurait l’esprit. J’ai ce souvenir encore de la journée de Pâques. C’était prévu, c’est la journée à maman. Enfin un moment de répit pour elle après ce marathon entamé, mais loin d’être terminé.

Je me lève ce matin-là, je demande à mon père où est maman. Il me dit qu’elle a reçu un appel ce matin et, qu’à la demande du premier ministre, l’ensemble des résidences pour aînés se doivent d’être visitées pour s’assurer que des mesures pour contrer la propagation du virus sont mises en place. Elle n’était pas obligée, elle a accepté pour aider, par amour pour son métier.

Mon idole à moi, ce n’est pas Batman, Guy Lafleur ou encore Céline Dion, c’est ma mère. À tous les travailleurs, merci de vous dévouer, merci d’être là. Je me rappellerai toujours la réponse de ma mère à ma question, « Pourquoi tu continues, pourquoi mettre ta santé à risque ? Tu n’es pas obligée. » Sa réponse restera gravée dans ma mémoire à tout jamais. « Les gens du domaine de la santé vivent pour aider. Nous ne faisons pas ça pour l’argent ou les bénéfices sociaux, nous faisons ça parce que nous sommes dévoués à vouloir soutenir nos patients au détriment même de notre propre santé. »

Ainsi, ne rien faire pour contrer le virus, c’est dire à tous ceux et celles qui se battent dans nos hôpitaux et nos CHSLD qu’ils le font pour rien. C’est ça, selon moi, la vraie définition du mépris.