Les innombrables commentaires qui portent sur le nouveau code de couleurs lancé par le gouvernement du Québec confirment l’importance de détenir un outil de communication qui est à la fois puissant et plus simple à comprendre.

Patrick Howe Patrick Howe
Spécialiste en affaires publiques et en communication corporative au sein de la firme Consulat RP

Le Système d’alertes régionales et d’intervention graduelle (COVID-19) permet de présenter un aperçu des mesures additionnelles à déployer, par région, afin d’endiguer et de ralentir les cas de transmission du virus. Ce système a visiblement été conçu pour éviter d’envoyer trop de messages contradictoires et d’adapter des mesures sanitaires aux endroits requis avec plus de précision.

Le sketch diffusé sur les plateformes de Télé-Québec, où le comédien Marc Labrèche imite le DHoracio Arruda de façon hilarante, illustrait très bien un sentiment de confusion populaire à propos des messages sanitaires du printemps. Trop de consignes changeantes expliquées avec beaucoup de nuances (pourtant nécessaires) ont fini par mener les citoyens à ne plus écouter les messages et à se camper dans une sorte de statu quo de nouvelles habitudes.

Sans être une solution parfaite, le code de couleurs du gouvernement permet néanmoins de concentrer des messages autour d’un axe de communication plus simple à comprendre pour les citoyens et plus facile à expliquer pour les autorités de la santé.

L’objectif est de provoquer des changements de comportements qui seront nécessaires pour éviter une trop grande transmission du virus à l’aube de cette deuxième vague.

Les médias ont très rapidement adopté le code de couleurs. Ils étaient plusieurs cette semaine à rapporter que « quatre régions passaient au jaune » sans même sentir le besoin de préciser ce que voulait dire la couleur jaune. L’adoption de ce concept dans la population a été quasi instantanée, ce qui révèle en soi le succès de la stratégie de communication.

Il fallait s’adapter au contexte et le gouvernement l’a fait. Il lui reste à s’ajuster au fur et à mesure que la situation évoluera.

Ce n’est plus le temps de faire de la pédagogie sociale. Les nombreux conspirationnistes et les anti-masque sont la preuve vivante que le message devait changer et se simplifier pour être compris d’un plus grand nombre.

Plusieurs citoyens des régions se demandaient, à juste titre, pourquoi ils devaient se confiner de façon aussi draconienne alors qu’il y a peu ou pas de cas dans leur coin de pays. La réaction du maire de Québec, Régis Labeaume, qui s’est dit « pas fier » de ses citoyens quand sa ville est passée au jaune, nous laisse aussi croire que le code de couleurs créera également une petite compétition interrégionale qui pourrait être bénéfique. En quelques mots, les citoyens de la région venaient de comprendre pourquoi ils devaient agir.

Certaines voix exigent des données plus précises pour expliquer pourquoi le gouvernement attribue une nouvelle couleur à une région. Rappelons que ce système n’est pas un logiciel de gestion intégrée. Personne ne programmera des données dans un superordinateur qui, après de savants calculs, attribuera un code de couleurs pour une région.

Le ministre de la Santé l’a bien précisé au lancement de ce système d’alertes régionales : le concept a été conçu pour donner une marge de manœuvre au gouvernement et il ne se gênera pas de faire une évaluation « qualitative » des données disponibles avant d’attribuer une couleur à une région. C’est une bonne chose.

Ce code de couleurs est visiblement le fruit d’une campagne de relations publiques très habile destinée à faire changer des comportements pour éviter une deuxième vague meurtrière. L’intention gouvernementale est noble et un changement de stratégie de communication était rendu nécessaire.

Des ajustements seront probablement requis en cours de route. Mais ces couleurs permettront certainement au gouvernement de faire adopter plus efficacement de nouvelles contraintes sociales en s’appuyant sur une communication simple à comprendre.