Depuis le début de la crise, on entend beaucoup parler d’achat local et de l’importance de valoriser les produits d’ici. À la veille de la rentrée parlementaire à Québec et du discours du trône à Ottawa, cette volonté doit prendre forme concrètement. Comme on dit, les bottines des principaux donneurs d’ouvrage au pays, les gouvernements du Québec et du Canada, doivent suivre les babines !

Véronique Proulx Véronique Proulx
Présidente-directrice générale, Manufacturiers et exportateurs du Québec

Pour le moment, le message est pour le moins contradictoire. Pourquoi favoriser des entreprises établies ailleurs dans le monde lors de l’attribution de contrats publics alors que nous souhaitons collectivement nous sortir la tête de l’eau et qu’on se creuse la tête pour trouver des moyens en vue d’assurer notre vitalité économique ?

Pensons par exemple à la règle du plus bas soumissionnaire qui plus d’une fois par le passé a démontré ses limites. Il est plus que temps de tenir compte de différents critères afin que les contribuables québécois, tout comme les entreprises d’ici, en aient davantage pour leur argent.

Les gouvernements se doivent maintenant de prêcher par l’exemple. Dotons-nous d’une véritable politique publique qui valorise l’achat local lors des appels d’offres des différents ministères et organismes ainsi que ceux des établissements des réseaux de la santé et de l’éducation.

Partout dans le monde, on constate une montée du protectionnisme et une diminution globale de la demande mondiale.

Certains pays comme les États-Unis choisissent de financer une partie de leurs innovations technologiques à travers leur ministère de la Défense, favorisant ainsi le développement de produits américains.

D’autres pays mettent en place des politiques publiques en matière d’approvisionnement pour stimuler l’achat local et l’innovation manufacturière tout en respectant les règles associées au commerce international et les accords de libre-échange. Pourquoi ne pas en faire autant au Québec et au Canada ?

Le secteur manufacturier est un acteur incontournable pour assurer la relance économique. Il représente un vecteur économique essentiel pour le Québec. Les 24 000 entreprises manufacturières québécoises génèrent à elles seules 170 milliards de dollars de ventes. Elles représentent près de 15 % du PIB du Québec et 89 % des exportations. Surtout, les manufacturiers, ce sont près d’un demi-million d’emplois directs.

Le manufacturier est donc un secteur névralgique. Il a toutefois maintenant besoin de recevoir afin de pouvoir en redonner davantage.

En effet, une tournée régionale effectuée cet été par Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) a mis en lumière que la pandémie de COVID-19 a complètement changé les codes et les façons de faire de ces entreprises. Leur croissance et leur compétitivité sont compromises si aucune nouvelle mesure n’est mise en place pour soutenir cette industrie.

Il est urgent de s’assurer que les politiques gouvernementales soient revues afin de permettre aux manufacturiers dans les secteurs médical, de l’aérospatiale, du transport, de la construction et de tous les autres sous-secteurs d’avoir leur juste part.

Le temps n’est plus aux paroles. Il est important d’inciter les consommateurs à acheter local, mais il faut aller plus loin pour un véritable changement.

Pour remettre notre économie sur les rails, commençons par valoriser pleinement nos produits d’ici. Chers gouvernements, vous pouvez et devez donner l’exemple.