Au cours des derniers jours, les coups de sonde par rapport à la rentrée se sont multipliés. Les sondages ont révélé au grand jour ce qu’on devinait déjà : les deux solitudes ont rarement été aussi contrastées. En effet, les attitudes respectives des deux groupes à l’égard de cet insolite retour à l’école s’avèrent diamétralement opposées.

Virginie Dostie-Toupin Virginie Dostie-Toupin
Auteure et mère de quatre enfants, Saint-Lambert

D’un côté, les Québécois francophones, sis à l’épicentre canadien de la COVID-19, se montrent globalement enthousiastes, et ce, malgré le fait que plusieurs cas épars aient déjà été rapportés dans les écoles.

De l’autre côté, le Canada anglais et la minorité anglophone québécoise exhibent un niveau élevé d’anxiété et ne s’expliquent tout simplement pas la ferveur québécoise.

Un fossé culturel et politique

Compte tenu de la stiff upper lip que l’on attribue souvent aux anglophones, il peut paraître paradoxal que les francophones affichent ces temps-ci une attitude résolument plus flegmatique qu’eux.

Cela dit, le coronavirus ne divise pas qu’ici. Si notre ligne de partage semble culturelle, l’exemple des États-Unis nous démontre sans équivoque que les positions face à la COVID-19 peuvent également être profondément ancrées dans le politique, voire l’idéologique.

Depuis le début de cette pandémie, plusieurs commentateurs ont voulu nous faire croire que les deux camps qui s’opposent peuvent être assimilés aux vils partisans de l’économie d’un côté et aux vertueux partisans de la santé de l’autre.

Six mois plus tard, les Québécois saisissent que la situation n’est pas aussi simple.

Tous les « camps » ont la peur au ventre. Or, ils ne craignent pas tous la même chose. Et, au final, toutes les raisons de craindre s’avèrent légitimes ; que ce soit le virus, la mort, l’isolement, la morbidité, l’instabilité, la misère ou la souffrance.

Bref, le virus n’est pas notre seul ennemi en ces temps incertains. Et le Québec sait pertinemment que, malgré les risques, certaines choses, dont au premier chef l’école, doivent impérativement reprendre sans quoi d’autres menaces nous guetteront.

S’il faut se réjouir que la population québécoise affiche une attitude aussi stoïque face à l’adversité, il faut toutefois se méfier de la témérité et de la négligence.

Bien qu’une minorité très vocale s’oppose vertement au port du masque qui « brime la liberté », une majorité admet volontiers que le couvre-visage et le respect des mesures sanitaires constituent un moindre mal et, ultimement, notre meilleur moyen de préserver une liberté à peine retrouvée.

Un plan flexible pour les écoles

Les familles qui ont récemment renoué avec leur routine ne cachent pas leur joie. L’enthousiasme de leurs enfants a dissipé leurs quelques craintes et, malgré les écueils, la confiance est palpable.

Les rencontres de parents ont clarifié le stratagème du gouvernement. Elles ont mis en lumière un plan qui, du moins pour l’école primaire, fait de l’adaptabilité sa grande force.

La fameuse bulle-classe octroie une précieuse flexibilité au système. Cette qualité devrait permettre à ce secteur de traverser cette épreuve sans grand heurt.

Le cas du secondaire est plus complexe. Il est attendu qu’en vertu des nombreux rapports croisés entre groupes et enseignants, le concept de bulle-classe y sera, à moyen terme, moins étanche et donc moins efficace. Dans l’éventualité, de plus en plus probable, où le secondaire devait retourner en distanciel, il faut souhaiter que le gouvernement privilégiera le présentiel pour les activités incompatibles avec la distance tels que les examens et les laboratoires. Mais il faut surtout espérer que l’on cherchera avant tout à préserver les sports et les activités culturelles, qui, comme nous l’avons compris récemment, apparaissent essentielles aux yeux des élèves.

Une réflexion en terminant ; ne serait-il pas grand temps de troquer le « ça va bien aller » italien pour le « restons calmes et poursuivons nos efforts » anglais ? La question se pose.