En réponse au texte de l’urbaniste Louis-Benoit L’Italien-Bruneau, « Montréal ne sera jamais une “ville de chars” ! », publié le 10 septembre

Stéphane Lacroix Stéphane Lacroix
Montréalais

Je suis piéton. Je suis cycliste. Je suis joggeur. Je suis aussi automobiliste.

Mes activités professionnelles exigent que je me déplace à Montréal et dans la grande région métropolitaine, à Ottawa et à Québec. Je suis souvent « sur une patte et sur une autre », comme on dit ici.

J’écrivais il y a quelques semaines dans ces écrans que je prévoyais me débarrasser de mon automobile lorsque je prendrai ma retraite. D’autant plus que les nouvelles stations de métro de la ligne bleue seront construites pas très loin de chez moi.

De manière générale, entre mai et octobre, je m’efforce d’utiliser mon vélo au moins une fois semaine pour aller travailler, mon auto, deux fois, et le reste du temps, je télétravaille. J’utilise mon auto ou les transports en commun le restant de l’année.

Je trouve étonnant qu’une famille montréalaise qui habite dans un quartier central bien desservi par les transports en commun ait besoin de plus d’une auto, mais c’est son choix.

Cependant, je ne fais pas l’erreur, comme certains membres de groupes de pression cyclistes, de croire que le vélo est une solution adaptée à tous.

À moins de vivre sur la planète Mars depuis 20 ans, nous savons qu’il y a un vieillissement global de la population à l’échelle internationale. Cela fait en sorte que seuls deux pays sur les 193 membres des Nations unies connaissent un rajeunissement de leur population. Dans l’île de Montréal, nous ne faisons pas exception. On peut donc en conclure que nos aînés, notamment, ne sont pas tous susceptibles d’utiliser un vélo pour le boulot et pour les loisirs.

Nous savons aussi que Montréal est une ville enneigée, voire impraticable pour les vélos pendant certains mois d’hiver. Plusieurs d’entre nous n’avons pas les qualités athlétiques pour utiliser un fat bike ou les vélos habituels entre novembre et avril. Personnellement, je n’ai pas envie de me rompre le cou sur une piste en mauvais état et mal déneigée.

Il y a aussi des mères et des pères de famille qui sont prisonniers chaque jour d’une course contre la montre : déposer les enfants à l’école le matin, foncer au boulot, aller à l’épicerie en fin d’après-midi puis récupérer les enfants avant de rentrer à la maison vers 19 h, un marathon que plusieurs font avec raison à bord de leur véhicule.

Lorsque je lis de la part d’un urbaniste que « si vous avez choisi [de faire votre vie à Montréal] et que vous avez deux jambes capables de vous mouvoir, alors j’aurai bien de la difficulté à avoir pitié de vos problèmes de stationnement », je sens un mépris crasse à l’égard d’hommes et de femmes qui n’ont pas tous et toutes la possibilité d’utiliser un vélo.

Nos horaires ne sont pas coulés dans le béton. Nous ne bénéficions pas tous d’un contexte professionnel qui permet les retards. Plusieurs ne veulent pas arriver au travail en nage, fatigué ou maculé de boue le lendemain d’un orage.

Sans parler de la qualité des commerces de proximité qui varie d’un quartier à l’autre, ce qui nous force à faire des choix qui peuvent paraître moins écologiques. Désolé, mais je ne prendrai pas mon vélo pour aller à ma boulangerie sans gluten préférée pendant une canicule, lors d’une vague de froid polaire ou sous une averse simplement pour faire plaisir à quelques personnes hostiles aux automobiles.

Cela dit, avant de construire de nouvelles pistes cyclables, que diriez-vous de réparer celles qui existent déjà et qui sont, dans la majorité des cas, dans un piteux état ? On pourrait aussi synchroniser les feux de signalisation afin de réduire les gaz à effet de serre relâchés par les véhicules immobiles aux feux rouges et assurer la fluidité de la circulation. On pourrait aussi réfléchir à la possibilité d’autoriser les vélos dans les transports en commun aux heures de pointe. Bref, rénovons les pistes existantes, optimisons les déplacements et construisons seulement quand c’est absolument nécessaire.

Nous sommes nombreux à reconnaître que la présence d’un trop grand nombre d’automobiles est un problème auquel il faut s’attaquer, mais ce n’est pas en montrant du doigt et en insultant les automobilistes qu’on fera progresser la cause du cyclisme !

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