Le 10 janvier dernier, le ministre Jean-François Roberge a annoncé une réforme en profondeur du programme Éthique et culture religieuse (ECR).

Nancy Bouchard, Claude Gendron et Mathieu Gagnon
Respectivement professeure titulaire à l’UQAM, professeure retraitée de l’UQTR et professeur agrégé à l’Université de Sherbrooke*

L’idée d’un programme couvrant huit thèmes a été alors soumise à la consultation, en l’occurrence : 1 - participation citoyenne et démocratie ; 2- éducation juridique ; 3- écocitoyenneté ; 4- éducation à la sexualité ; 5- développement de soi et des relations interpersonnelles ; 6- éthique ; 7- citoyenneté numérique ; 8- culture des sociétés.

L’éthique et le vivre-ensemble

Pour que cette proposition trouve sa cohérence, il est essentiel que l’éthique soit l’axe central du nouveau programme et, avec elle, la quête d’un mieux vivre-ensemble.

Pour cela, il est nécessaire que l’éthique ne soit pas considérée comme un thème parmi d’autres (si ce n’est la compréhension de ce que sont l’éthique et la morale). L’éthique en éducation devrait plutôt guider ou structurer les réflexions des élèves sur différents thèmes ou différentes situations. Bref, nous pensons que l’éthique devrait être le centre gravitationnel du nouveau programme autour duquel s’articuleraient les apprentissages sur différents thèmes se rapportant au soi, à l’altérité et à la socialité.

Suivant cette perspective, les thématiques qui seront retenues devraient toutes engager, à certains moments, un questionnement éthique relatif à divers aspects de leurs enjeux respectifs.

Notons que notre proposition s’accorde avec le thème fédérateur du programme annoncé par le ministre, soit le respect de soi et des autres pour une citoyenneté active, thème dont se dégage sans contredit une dimension éthique forte. Elle s’accorde aussi avec la dimension éthique se dégageant de l’énoncé de définitions ou des objectifs des huit thèmes qui ont fait l’objet d’une consultation publique.

Développer et exercer sa compétence éthique, comme l’indiquait il y a 30 ans le Conseil supérieur de l’éducation, devrait favoriser chez les élèves l’émergence des aptitudes fondamentales à la recherche et au dialogue, à la critique et à la créativité, à l’autonomie (selon nous, à la fois rationnelle et relationnelle) et à l’engagement, aptitudes leur permettant de se situer et de se définir eux-mêmes au cœur de la présente mutation sociale.

L’éthique devrait être au centre du nouveau programme et, avec elle, le mieux vivre-ensemble dont le principal vecteur devrait être le dialogue. Le vivre-ensemble est une donnée naturelle problématique (nous vivons ensemble, mais nous sommes différents) qui, dans le contexte d’un État de droit, démocratique et d’une société diversifiée, nécessite de penser le lien social et requiert un espace de parole. En ce sens, la compétence à dialoguer, qui commande elle aussi un rapport éthique, devrait nécessairement figurer au programme.

Quant à la visée ultime poursuivie par un tel programme, la reconnaissance mutuelle de la dignité de la patrie humaine serait à privilégier.

Cette reconnaissance passe par la reconnaissance de sa propre dignité et de celle d’autrui (de son altérité) dans les relations, dans la délibération entre citoyens égaux, dans l’estime sociale et dans le droit.

Si, tel que l’a souligné le ministre, l’éthique, la pratique du dialogue, le respect de soi et des autres, la lutte contre les stéréotypes et la participation citoyenne figurent bel et bien au cœur de cette refonte, un programme d’Éthique et du vivre-ensemble est la voie à privilégier.

*Ce texte est tiré de l’Avis du Groupe de recherche sur l’éthique en éducation et en formation déposé dans le cadre de la consultation sur le programme ECR.

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