En août 2020, La Presse a rapporté une hausse importante des surdoses. Or, à la lumière d’une analyse des rapports de coroner dans le cas des morts par surdose, on constate que le portrait n’a pas vraiment changé au cours des dernières années.

André-Anne Parent, Miguel Bergeron-Longpré et Antoine Bertrand-Deschênes Respectivement professeure agrégée et étudiants au doctorat à l'École de travail social de l'Université de Montréal

En effet, à la demande d’un regroupement d’organismes intervenant auprès des usagers de drogue, notre équipe de recherche a produit une analyse de tous les rapports de coroner reliés à des morts par surdose en 2017, dernière année où nous avions accès à l’ensemble des rapports produits. L’information que nous avons compilée nous a non seulement étonnés, elle nous a choqués. Nous nous expliquons.

L’analyse des 340 rapports nous a menés à certains constats. Tout d’abord, la majorité des personnes mortes sont des hommes (242) et que leur année de naissance médiane est 1972. Environ un tiers des morts sont des femmes (98) et leur année de naissance médiane est 1967. Les substances les plus retrouvées dans l’analyse toxicologique des hommes sont les métamphétamines, la cocaïne et l’alcool, tandis que pour les femmes, ce sont les métamphétamines, l’alcool et la quétiapine. À cet effet, l’analyse a permis d’illustrer l’importance des polyintoxications, représentant 65 % des rapports étudiés. Les stimulants, l’alcool et les médicaments psychoactifs sont ainsi beaucoup plus présents que ne le laissent croire les informations qui circulent sur la crise des opioïdes. Si cette crise est inquiétante, notre analyse nous informe qu’il est essentiel de se préoccuper de l’ensemble des morts par surdose et ne pas limiter l’action à une seule substance ou une famille de substances.

En fait, ce qui nous a le plus surpris dans ce travail, c’est que plusieurs symptômes — physiques et comportementaux, ronflements, détresse respiratoire — ont été constatés dans les jours ou les heures précédant la mort. Ces signes pouvant indiquer une surdose sont souvent banalisés par l’entourage et confondus avec un état d’intoxication à l’alcool. À ce titre, mentionnons que dans 30 % des morts, des personnes avaient consommé avec le défunt ou savaient qu’il avait consommé.

Dans plusieurs de ces cas, des signes indiquant une surdose ont été observés, mais mal interprétés.

En outre, 50 % des personnes qui sont mortes ont été retrouvées par des proches. Ces morts par surdose laissent ainsi de nombreuses personnes dans un deuil où la culpabilité s’ajoute aux souffrances causées par la perte.

Nous avons également été déconcertés par le fait que les maladies chroniques, les troubles de santé mentale, les tentatives de suicide et la détresse psychologique sont surreprésentés par rapport à la population générale, portant à croire que la prise en charge de ces problèmes n’est pas optimale. À titre d’exemple, 27 % des femmes souffraient de dépression ou d’anxiété. Seulement pour les problèmes cardiaques, vasculaires et pulmonaires, c’est 45 % de l’ensemble des femmes et des hommes qui sont morts qui étaient touchés. Pour tout dire, notre analyse nous a menés à croire que les inégalités sociales contribuent au nombre de morts par surdose. Si la situation financière, l’emploi et les relations avec les réseaux de soutien sont rarement mentionnés dans les rapports du coroner, limitant ainsi la compréhension de leur influence, on reconnaît depuis longtemps que ces déterminants de la santé ont un effet important sur l’état de santé.

Enfin, si les résultats de notre analyse correspondent globalement au portrait présenté par la Direction régionale de santé publique de Montréal dans les médias plus tôt cet été, à savoir que ce sont des hommes, autour de la cinquantaine et consommant des stimulants, qui sont davantage touchés par le phénomène des surdoses, nous nous désolons de constater que si peu d’actions pour prévenir les morts sont réalisées.

Une conception erronée de la réalité des personnes mortes par surdose et une méconnaissance générale du problème laisse croire qu’il s’agit d’un phénomène marginal, principalement dû à de mauvais choix individuels.

Or, notre analyse démontre que la situation est beaucoup plus complexe et que de nombreuses personnes, à commencer par les professionnels de la santé, les acteurs du réseau communautaire et les décideurs politiques, peuvent contribuer à réduire le nombre de surdoses. Une meilleure compréhension des morts par surdose et des actions de sensibilisation auprès des praticiens, des professionnels et de l’ensemble de la population s’avèrent primordiales.

Pour conclure, nous aimerions rappeler qu’il est possible d’agir maintenant pour limiter l’augmentation des surdoses, voire les réduire, en agissant en amont du phénomène.

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