Avant d’entrer dans mon sujet, permettez-moi, en guise d’introduction, de vous raconter une histoire démontrant que bien avant l’ouverture des frontières qui a permis à un virus apparu en Chine de faire trembler toute la planète en quelques mois, la Terre était déjà un petit village global.

Boucar Diouf Boucar Diouf
Humoriste, conteur, biologiste et animateur

L’air que nous respirons est constitué à 1 % d’un gaz inerte qui s’appelle l’argon. Cette composante entre dans nos poumons et en ressort entièrement, parce qu’elle n’a aucun rôle dans notre métabolisme. Disons, pour imiter le style Marc Favreau alias Sol, que nous le respirons puis nous le larguons. Ainsi à chaque respiration, nous absorbons des millions de milliards d’atomes d’argon qui, une fois expirés, se dispersent rapidement dans l’atmosphère.

Si bien qu’un célèbre astronome de Harvard nommé Harlow Shapley a évalué que chaque adulte de plus de 20 ans qui lira ce texte a déjà respiré des atomes d’argon provenant du premier souffle de tous les bébés nés sur la planète un an plus tôt. Où que vous soyez sur le globe, dit le scientifique, votre prochaine respiration contiendra des milliers d’atomes d’argon qui ont déjà visité les voies respiratoires de Gandhi. Dans chacun de nos échanges gazeux respiratoires, il y a des atomes d’argon qui ont participé à des soupirs d’amoureux de la Renaissance, des cris de ralliement de la bataille de Waterloo, des bâillements de la reine Cléopâtre et, pourquoi pas, au souffle ultime du dernier dinosaure ou homme de Neandertal à avoir quitté la Terre.

Nous respirons à présent ce que nos ancêtres respiraient dans le passé et que nos petits-enfants respireront dans le futur. Dans ces petites particules, invisibles à l’œil nu, il y a le souffle de toute l’humanité.

Ce n’est pas pour rien que peu importe d’où l’on vient sur la planète, on a tous un air de famille. Sauf bien sûr pour un certain président dont la couleur se situe entre l’orange brûlé et le rose saumon.

Maintenant, pourquoi je vous raconte tout ça ? Pour parler de solidarité nationale et internationale, car ce qui se passe avec les vaccins est une preuve ostensible d’un sauve-qui-peut planétaire. Je m’explique. Depuis quelque temps l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’inquiète de la stratégie d’accaparement des vaccins potentiels par les pays riches au détriment des pays en développement. Pour cause, des nations du G20 ont allongé des milliards et pactisé secrètement avec les pharmaceutiques pour s’approprier en priorité toutes les doses potentielles des vaccins en phase avancée de développement. Au diable la solidarité internationale pourtant omniprésente dans le discours politicien ! Mais savez-vous quoi ? Cette histoire d’argon démontre que la planète est bien plus petite qu’on le pense. Autrement dit, régler le problème au Canada, en France, en Australie ou aux États-Unis n’éliminera pas durablement le virus en ces temps de mondialisation.

Pour barrer efficacement la route à un coronavirus comme celui qui nous traumatise, la solidarité et le sens du collectif demeurent des parties importantes de toute stratégie de lutte.

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« Comment expliquer que des personnes déclarées positives à la COVID-19 puissent s’octroyer le droit de faire la tournée des bars de karaoké et cracher des virus sur des micros pendant toute une soirée ? », demande Boucar Diouf.

En fait, ce qui se trame au niveau international avec les vaccins est un simple prolongement de ce qu’on observe à l’échelle des nations. Attardons-nous au cas particulier du Québec. C’est attristant de constater que pour de plus en plus de gens d’ici, la pandémie a fait disparaître le sens du collectif. Sinon, comment expliquer que des personnes déclarées positives à la COVID-19 puissent s’octroyer le droit de faire la tournée des bars de karaoké et cracher des virus sur des micros pendant toute une soirée ? Une irresponsabilité à la limite criminelle qui a mené à des fermetures de classes dans plusieurs écoles et forcé des centaines de personnes à se mettre en quarantaine. Imaginez le casse-tête organisationnel pour tous ces parents bousculés par cette connerie en ce début d’année scolaire déjà trop stressant ! Est-ce qu’une société peut accepter impunément de telles imbécillités au nom du culte du me, myself and I ?

Je ne parle pas ici seulement de ces énergumènes contaminés qui trouvent le virus si inoffensif qu’ils sortent le disperser dans les bars. Je parle aussi de ceux qui pestent violemment contre les décisions de la Santé publique parce qu’ils savent, plus que tous les scientifiques de la planète, que ce virus qui a mis à genou l’économie mondiale est une simple fabulation. Je parle aussi de ceux qu’on entend justifier leur je-m’en-foutisme par des arguments du genre : revenez-en, le virus ne tue même pas les jeunes ! Autrement dit, au diable ceux qui sont plus vieux ou ont une santé plus précaire ! Une égocentrique façon de penser la vie qui donne envie de répondre : « Tu sais, on s’en contrefiche que tu attrapes la maladie, chose ! Ce qui nous importe vraiment, c’est que tu ne viennes pas occuper un lit et mobiliser des ressources humaines dans le système de santé. Ce dont on a peur, c’est que tu contamines des gens qui contribueront à cet engorgement des hôpitaux.

« En résumé, ce qui nous préoccupe bien plus, c’est que ton irresponsabilité empêche des gens d’avoir accès à d’autres soins de santé pressants. Mais si tu es prêt à nous garantir que tu ne viendras pas à l’hôpital advenant des complications, tu peux louer un chalet dans le bois avec d’autres égoïstes de ton genre et inviter un malade de la COVID-19 à chanter du karaoké avec vous. Il ne vous restera plus alors qu’à vous enfermer dans cet endroit pendant 45 jours pour mieux célébrer votre détachement face à cette maladie.

« Contrairement à toi, nous sommes nombreux à rester convaincus que le virus existe, qu’il peut être fatal à bien des gens, et la seule façon de lui barrer le chemin, c’est de veiller les uns sur les autres. »