Depuis la sortie du documentaire Les Rose, on voit plusieurs personnalités et politiciens québécois souverainistes se revendiquer de Paul Rose. Cette situation est inquiétante et dénote un double discours insidieux auprès de certains nationalistes québécois.

Christian Picard Christian Picard
Étudiant au doctorat en science politique à l'Université Laval

Qu’on invite les gens à voir le documentaire n’est pas un problème, bien au contraire. Celui-ci a une valeur intrinsèque réelle permettant de mieux éclairer un des moments les plus troubles de notre histoire politique récente, la crise d’Octobre, qui a encore des échos aujourd’hui.

Le problème est l’adhésion aux actions de Paul Rose par ces personnalités québécoises. Ce qui est particulièrement troublant, c’est que ces mêmes personnalités condamnaient hier — avec raison — la tuerie de la mosquée de Québec. Or, on ne peut pas se le cacher, le FLQ a eu recours au terrorisme, usant de la violence contre des civils pour faire avancer sa cause politique. Indépendamment de savoir si le meurtre du ministre Pierre Laporte était planifié ou un accident, indépendamment de l’impact des tactiques douteuses d’infiltration de la GRC, une chose demeure : le FLQ a publié un manifeste appelant à la violence et à kidnappé un ministre au nom de son idéologique politique. Justifier les actions de Paul Rose par la vague de décolonisation post-1945 ne change rien à cet état de fait. Justifier les actions de Paul Rose par le besoin pour un peuple soumis de se relever ne change rien non plus à la réalité. Peu importe la justification apportée, aussi vertueuse en apparence soit-elle, faire l’apologie des actions du FLQ revient à faire l’apologie du terrorisme.

Pourquoi ce double discours ?

Pourquoi ceux qui autrement dénoncent le terrorisme ne dénoncent pas ici le FLQ ? La seule différence que l’on peut voir est celle de la cause revendiquée, soit l’indépendance du Québec. Parce que le FLQ était un groupe nationaliste, aussi violent soit-il, on se devrait d’être plus tolérant à son égard ? C’est une façon déguisée de dire que la fin justifie les moyens, position morale qui se doit d’être dénoncée avec vigueur.

Qu’on se comprenne bien, être nationaliste ou souverainiste est une position politique tout à fait valable. Mais ça ne justifie pas de faire abstraction de la démocratie et de ses principes les plus fondamentaux, notamment que les conflits et les divergences d’idées entre citoyens se doivent d’être réglés pacifiquement, par le compromis si nécessaire.

Oui, la crise d’Octobre appartient à une autre époque où certaines valeurs étaient différentes, mais pas les valeurs démocratiques. Et quand bien même la démocratie aurait eu une forme différente, cela ne nous dédouane pas, aujourd’hui, de faire l’apologie d’actes viscéralement antidémocratiques.

Quelle que soit notre allégeance politique, on peut tous reconnaître la valeur de ce documentaire, on peut tous comprendre les motivations des membres du FLQ à l’époque, mais on ne peut pas transformer un acte terroriste en un acte héroïque. Autrement, s’est se plonger dans un fantasme identitaire qui va à l’encontre de la démocratie québécoise.