Où que l’on porte le regard, on voit des adultes responsables porter des masques en public. C’est une excellente nouvelle qui aidera sûrement à empêcher la propagation mortelle de la COVID-19 et à assurer la sécurité d’un plus grand nombre de nos amis, voisins et membres de nos communautés.

Nicole Letourneau et Mandakini Jain
Respectivement professeure à la faculté des sciences infirmières et à l’école de médecine Cumming de l’Université de Calgary, et étudiante en médecine à l’Université de Calgary

Les données probantes s’accumulent sur l’efficacité du masque et l’Organisation mondiale de la santé recommande le port de ce dernier par le grand public. Plusieurs villes et provinces canadiennes ont rendu obligatoire le port du masque dans les lieux publics fermés et dans les transports en commun.

Le port du masque N95 devrait être obligatoire pour les prestataires de soins de santé de première ligne contre l’épidémie, mais pour le public, même le masque de coton fait maison est utile pour réduire la transmission de la COVID-19.

Il y a toutefois un groupe qui a besoin de porter un autre type de masque : les personnes qui s’occupent de jeunes enfants.

Ces personnes devraient éviter de porter un masque ordinaire pendant de longues heures, car il empêche l’enfant de lire les expressions faciales de la personne et d’y réagir.

Les enfants âgés de moins de 3 ans sont un cas particulier, car leur cerveau se développe encore à un rythme rapide. Selon le Centre sur le développement de l’enfant de l’Université Harvard, plus d’un million de nouvelles connexions neuronales se forment chaque seconde au cours des premières années de la vie.

Ces premières années forment la période la plus active pour établir des connexions neuronales qui peuvent durer toute une vie. Après cette période de prolifération rapide, un processus appelé « élagage », qui rend les circuits cérébraux plus efficaces, diminue les connexions.

Le développement du cerveau des enfants âgés de moins de 3 ans est extrêmement sensible aux signaux sociaux des personnes qui s’occupent d’eux, et la majorité de ces signaux se trouvent dans le visage. Vous avez peut-être entendu parler de l’importance du processus de « service-retour » avec les jeunes enfants, c’est-à-dire les interactions réciproques qui sont considérées comme essentielles au développement sain du cerveau. On a constaté que le fait que les mères reflètent les expressions faciales de leur bébé et réagissent par un sourire à des moments particuliers est à la base du développement cognitif et socioémotionnel des bébés âgés d’aussi peu que 9 semaines.

Dans le célèbre paradigme du « visage impassible », où il est demandé aux mères de garder leur visage impassible pendant une période prolongée, les bébés et les jeunes enfants deviennent très contrariés, essaient d’abord d’attirer l’attention de leur mère puis, lorsqu’ils n’y arrivent pas, se mettent généralement à pleurer et, à court d’espoir, cessent toute tentative. Pour les tout-petits, les données probantes montrent qu’ils observent le sourire de leur mère pour déterminer s’ils devraient essayer de nouvelles activités qui sont essentielles au développement du cerveau et une santé mentale optimale.

Les masques ordinaires empêcheraient les bébés et les jeunes enfants de voir les expressions faciales et ils reproduiraient les aspects du visage impassible.

Plus les enfants sont jeunes et exposés longtemps à des visages sans expression (à l’exception des yeux), plus le développement sain du cerveau et la santé mentale de l’enfant sont menacés tout au long de sa vie. Alors que chez les enfants plus âgés, des signaux plus subtils tels que les « yeux souriants » et les signaux auditifs qui signalent l’intention peuvent aider à combler le vide, chez les plus jeunes, qui sont très sensibles aux stimuli, le développement du cerveau risque davantage d’être entravé.

Alors, que peut-on faire ?

La solution est simple. Les membres de la communauté des malentendants l’ont déjà trouvée : le masque à fenêtre transparente. Les personnes qui travaillent dans les milieux de garde d’enfants et qui doivent porter un masque devraient porter un masque à fenêtre transparente. On voit de plus en plus de versions artisanales, mais certains masques sont même approuvés par la FDA aux États-Unis.

Partout au pays, les autorités sanitaires se sont empressées d’élaborer ou d’adapter des politiques sur le port du masque dans les milieux de garde d’enfants, mais les recommandations varient grandement.

Au Québec, les éducatrices en garderie sont en contact direct avec les enfants doivent porter un masque lorsqu’ils ne peuvent pas respecter la distanciation physique, laquelle est impossible avec les bébés et les jeunes enfants. En Alberta, il semble que le masque doit être porté pour les interactions de proximité prolongées et qu’il est obligatoire si les groupes comptent plus de 10 enfants ou si un enfant présente des symptômes. Le Bureau de santé publique de Toronto recommande le port du masque « au besoin », par exemple lorsqu’il faut prodiguer un soin direct ou consoler un enfant.

À notre connaissance, les autorités sanitaires n’ont pas établi de lignes directrices précises faisant une distinction entre les besoins des enfants plus âgés de ceux des plus jeunes. Elles doivent le faire.

Des masques à fenêtre transparente de qualité doivent être exigés, produits, offerts et utilisés en priorité par toutes les personnes qui s’occupent de jeunes enfants en milieu institutionnel.

En l’absence de masques à fenêtre transparente, les milieux de garde d’enfants ont besoin de financement pour garantir que le personnel travaille dans un environnement qui respecte toutes les directives de santé publique afin de réduire au minimum l’utilisation des masques ordinaires avec les jeunes enfants.

Cette période difficile exige la mise en œuvre de solutions novatrices. Il est toutefois important que nous n’oubliions pas les dommages collatéraux qui touchent nos plus jeunes citoyens et que nous les prévenions. Une seule solution ne convient pas à tout le monde.

*Nicole Letourneau est également titulaire de la chaire de recherche en santé mentale parents-enfants de l’Hôpital pour enfants de l’Alberta.