Dans l’histoire politique des États-Unis, les conventions républicaines et démocrates ont été l’occasion de valoriser les grands accomplissements des partis, mettre de l’avant leur plateforme électorale, présenter une vision d’avenir et promouvoir leur ticket pour conquérir la Maison-Blanche.

John Parisella John Parisella
Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

Après les démocrates la semaine dernière, c’est maintenant au tour des républicains de tenir leur grand rassemblement dans un format en partie virtuel.

L’approche y est différente, puisque le président Trump occupe le haut du pavé tous les jours, sans oublier que le site de la Maison-Blanche est mis à profit pour tenir quelques évènements partisans. Une première qui suscite la critique, car on utilise une institution de l’État à des fins partisanes.

Comme ce fut le cas pour les démocrates, une série de personnalités viennent tour à tour vanter les accomplissements de Donald Trump. La famille immédiate du président y joue aussi un rôle de premier plan.

Fait à noter, cependant : le seul ancien président républicain toujours vivant, George W. Bush, ne prend pas part au rassemblement. La fête républicaine est d’ailleurs loin de présenter une brochette de vedettes comme ce fut le cas la semaine dernière chez les démocrates avec les Obama, les Clinton, les Carter, l’ancien gouverneur de l’Ohio John Kasich et le général Colin Powell.

Depuis lundi, tout tourne autour de Donald Trump. Autant Joe Biden et les démocrates souhaitent faire de cette élection un référendum sur Trump et sa performance, autant ce dernier veut en faire un choix entre lui et Biden.

Pour réussir, Trump et ses acolytes, dont le vice-président Mike Pence, ne cessent de faire état de la bonne situation économique prépandémie et de l’éventuelle reprise en rappelant les gains récents en matière d’emplois et la performance robuste des marchés boursiers.

Trump se vante aussi de sa « saine » gestion de la pandémie même si tous les sondages sont unanimes à dire le contraire.

Trump se présente également comme le président de la loi et de l’ordre. Pour appuyer ses arguments, il souligne à répétition la hausse récente de la criminalité aux États-Unis et la tenue de manifestations violentes dans certaines villes dirigées par des maires et des mairesses démocrates.

Pendant leurs discours, différents intervenants républicains brandissent également le spectre de l’emprise de la gauche radicale sur le tandem Biden-Harris.

Bref, Trump se décrit comme étant le seul à pouvoir assurer un avenir prospère et pacifique aux Américains. Sa défaite aux mains de Joe Biden représenterait selon lui le chaos et la fin de la démocratie en Amérique.

La bonne stratégie ?

Les adeptes de la politique se demanderont si c’est la bonne stratégie, pendant la convention, de tout axer sur la personne et les propos du président Trump et de reléguer le parti au second rang.

Il faut garder à l’esprit que les républicains contrôlent toujours le Sénat de même que plusieurs États clés, en vue des élections de novembre, comme la Floride et l’Ohio. C’est donc que la « marque républicaine » exerce encore un certain attrait auprès des électeurs.

Les républicains et le conservatisme

Ce parti créé en 1854 a donné aux États-Unis son tout premier président élu sous son enseigne en la personne d’Abraham Lincoln. Ce dernier a dirigé le pays lors de la guerre civile de 1861-1865. Sa victoire marquante au terme de ce conflit a mené à rien de moins que l’abolition de l’esclavage. Ce pour quoi certains républicains encore aujourd’hui identifient leur parti comme étant celui de Lincoln.

Mais au fil du temps, le Grand Old Party (appellation historique du Parti républicain) en est venu à s’associer davantage à l’idéologie conservatrice en matière d’économie, de fiscalité, de questions raciales, de valeurs sociales (en appui au programme du mouvement évangéliste) et des affaires étrangères. Il est aussi devenu le grand défenseur du droit de porter une arme à feu (le deuxième amendement de la Constitution américaine).

L’accent a été mis sur les libertés individuelles et un gouvernement le moins interventionniste possible.

À partir des années Reagan (1980-1988), le Parti républicain a cristallisé davantage sa pensée conservatrice. On n’a qu’à penser à la lutte contre le déficit et aux baisses d’impôts des années 90 sans oublier l’émergence du Tea Party (mouvement populiste ultraconservateur) pour s’opposer au programme progressiste d’Obama à partir de 2008.

Aujourd’hui, pour perpétuer leur vision en matière sociale, les républicains privilégient entre autres la nomination de juges à la pensée conservatrice au sein des différents tribunaux.

Finalement, sur la question raciale – et non la moindre –, le parti s’est graduellement rangé vers une moins grande ouverture et une moins grande tolérance envers la minorité afro-américaine. Bref, un parti loin de celui d’Abraham Lincoln…

C’est donc de ce parti que Donald Trump a hérité en 2016.

Trump en continuité

L’arrivée de l’homme d’affaires animateur de téléréalité chez les républicains en 2015 ne fut pas considérée, c’est le moins que l’on puisse dire, comme étant dans la mouvance de la tradition républicaine. Trump semblait peu sensible aux questions touchant la justice raciale et remettait en cause les accords commerciaux internationaux négociés par ses prédécesseurs.

Il a aussi ravi l’investiture à plusieurs candidats de l’establishment tels Jeb Bush, Ted Cruz, Marco Rubio et John Kasich.

Son discours populiste à saveur nationaliste, protectionniste et isolationniste contrastait avec la pensée traditionnelle des républicains.

Cela étant dit, quatre ans après son élection, force est d’admettre que Donald Trump a rempli ses promesses en matière de réforme fiscale et au chapitre de la nomination de juges conservateurs à la Cour suprême. Sous sa gouverne, deux juges très empreints de cette idéologie, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh, ont été nommés à la Cour suprême.

Trump a aussi réussi à négocier une nouvelle entente de libre-échange avec le Canada et le Mexique tout en obtenant des concessions largement appuyées par son parti.

Certains détracteurs concluront que le Parti républicain sous Donald Trump s’est transformé, le discours étant plus polarisant et la façon de faire, plus conflictuelle. Malgré cela, Trump demeure davantage en phase avec l’orthodoxie conservatrice de son parti que l’inverse. Et en ce sens, il s’inscrit dans la continuité.

Reste que cette convention républicaine est d’abord et avant tout le « Trump show ». Sa vision d’avenir se limite à un retour à l’Amérique prépandémie.

Visiblement, les républicains ne sont pas en train de se préparer à l’après-Trump. Pourtant, peu importe les résultats du 3 novembre, le Parti aura un nouveau chef en 2024. Il y a lieu de se demander où est la relève.

Un futur leader devra faire face à de nouveaux défis : composer avec la diversité changeante de l’électorat, la modernisation nécessaire de la pensée conservatrice dans un contexte post-COVID-19 et la définition du leadership américain international en compétition avec une Russie et une Chine plus agressives.

Le Parti républicain, en choisissant cette semaine de se livrer à un « Trump show », aura-t-il raté l’occasion de mettre la table pour faire face à ses grands défis ?