Dès la petite école, on nous enseigne que notre eau est une richesse inestimable, un patrimoine précieux appartenant à notre peuple privilégié, l’or bleu des Québécoises et des Québécois. Un portrait impressionnant de 500 000 lacs, 4500 rivières et notre majestueux Saint-Laurent comme épine dorsale de notre territoire.

John Husk et Antoine Verville
Respectivement président et directeur général du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec, et 37 autres signataires*

Pourtant, le développement du Québec s’est fait dans les dernières décennies au détriment de ce trésor inégalable. Les pourtours de nos lacs de villégiature se sont développés en oubliant trop souvent d’y prévoir des accès publics. En milieu agricole, la très mince bande de protection riveraine est trop peu respectée. Les espèces exotiques envahissantes colonisent nos lacs, ruisseaux et fossés sans ambitieuse stratégie de contrôle, tout comme les algues bleu vert. Les milieux humides et hydriques ont trop longtemps été rasés au profit de développements résidentiels, agricoles et industriels.

En matière d’inondations, il aura fallu les tragiques évènements de 2017 et 2019 pour réaliser que la destruction de milieux naturels, l’imperméabilisation excessive des sols et l’établissement de résidences derrière des digues ou dans des zones de débordement ne sont pas des pratiques viables d’aménagement. Ajoutons à ce portrait les changements climatiques qui nous promettent plus d’évènements extrêmes : pluies torrentielles, tempêtes côtières, inondations printanières et épisodes de sécheresse.

Sans compter que le Commissaire au développement durable du Québec a récemment publié pour la deuxième fois un rapport sur les lacunes importantes de l’État en gestion de l’eau.

Le portrait de la situation n’est assurément pas à la hauteur des efforts que nous devrions collectivement mettre à protéger notre plus grand trésor national !

Puis, survient la pandémie. Une catastrophe sociale et économique, certes, mais aussi un temps d’arrêt, une occasion de repenser nos habitudes et de prendre des décisions pour la relance économique et la prospérité de nos régions. Un vieux dicton nous enseigne que « seuls les poissons morts suivent le courant ». Il est tout à fait possible de renverser la tendance actuelle : profitons donc de la crise pour le faire. Nous formulons ainsi deux propositions pour investir dans l’eau et soutenir le développement et la prospérité de nos régions.

Adapter les programmes et les investissements publics

Notre première proposition consiste à optimiser les programmes gouvernementaux afin de favoriser l’investissement dans des projets structurants pour l’eau et la prospérité des régions. Les programmes d’infrastructures, pour ne donner qu’un exemple, devraient faciliter la restauration et l’aménagement de milieux naturels tels que des bandes riveraines, des milieux humides ou des zones boisées qui nous rendent des services de contrôle des inondations, de recharge de nos sources d’eau potable ou encore de filtration des contaminants. C’est ce qu’on appelle les infrastructures naturelles et des investissements majeurs devraient y être consentis, au même titre que pour les viaducs, routes et arénas.

Investir dans des projets structurants et issus de dialogues régionaux

Notre seconde proposition vise à contribuer à une reprise économique dans chaque région du Québec grâce à la réalisation d’ambitieux projets concertés et à double portée, permettant de mettre des gens au travail en région et de faire un gain pour l’eau. Depuis 2002, les organismes de bassins versants du Québec (OBV) ont dirigé des dialogues régionaux sur les priorités en gestion de l’eau.

Aujourd’hui, 40 plans directeurs de l’eau ciblent les actions prioritaires pour répondre aux problématiques de chaque territoire. Ils peuvent dès maintenant nous guider dans des choix d’investissement maximisant les cobénéfices sociaux, économiques et environnementaux.

Valoriser et aménager l’embouchure de la rivière Jacques-Cartier, conserver les milieux naturels de la baie de Carillon, restaurer le lac Osisko, éradiquer les espèces envahissantes de la rivière Bullstrode ou encore contrôler les sédiments amiantés dans la Haute-Bécancour ne sont que quelques exemples d’une liste de projets prêts à mettre en œuvre dans toutes les régions du Québec et qui bénéficient de supports régionaux.

Déjà, les 900 acteurs régionaux impliqués dans l’élaboration des plans directeurs de l’eau passent volontairement à l’action. Pour les 10 millions de dollars investis annuellement par l’État en planification et concertation, ce sont 160 millions de dollars supplémentaires que les acteurs sur le terrain mobilisent. Imaginons ce que des investissements publics massifs pourraient générer dans chacune de nos régions !

Souhaitons que nos enfants de la génération post-COVID-19 apprennent désormais à la petite école que l’eau du Québec est un trésor inestimable, mais aussi que nous avons su la protéger, la valoriser et l’utiliser pour assurer notre prospérité.

*Cosignataires : Pierre Allen, président de l’OBV Côte-du-Sud ; Lyz Beaulieu, présidente du COBALI ; Gérald Boivin, président de bassin versant Saint-Maurice ; Pierre Cartier, président de l’OBV Témiscamingue ; Hubert Chamberland, président du COVABAR ; Jean-Claude Charpentier, président d’AGIR Maskinongé ; Denise Cloutier, présidente du COBAMIL ; Gilles Côté, président de l’OBV Zone Bayonne ; Jean-Guy Côté, président de l’OBV Rouge, Petite-Nation et Saumon ; Daniel Coutu, président de COPERNIC ; Serge Demers, président de l’OBV fleuve Saint-Jean ; Pierre Deshaies, président de l’OBV des rivières du Loup et Yamachiche ; Nicoles DesRoches, présidente de l’ABV des 7 ; François Duchesneau, président du Conseil de bassin de la rivière Etchemin ; Marc Fafard, président de l’OBV Duplessis ; Bernard Fortier, président de l’OBV du Chêne ; Francis Gagné, président de l’OBV Nord-Est du Bas-Saint-Laurent ; Johane Germain, présidente de la SAMBBA ; Russell Gilbert, président du COBARIC ; Ghislaine Hudon, présidente de l’OBV Lac-Saint-Jean ; Sylvain Jutras, président de l’OBV CAPSA ; Paul-André Lajoie, président du Conseil de l’eau du nord de la Gaspésie ; Ghislain Larocque, président de l’OBV Saguenay ; Marjolaine Lebrasseur, administratrice du Conseil de l’eau Gaspésie Sud ; Michel Leclerc, président de l’OBV Charlevoix-Montmorency ; Pierre Leduc, président de l’OBV baie Missisquoi ; Mathieu Madison, président d’Abrinord ; Stéphane Mailloux, président de l’OBV Yamaska ; Marie-Karine Maltais, présidente de l’OBV Haute-Côte-Nord ; Michel Marcheterre, président de l’OBV Matapédia-Restigouche ; Gervais Pellerin, président de GROBEC ; Rémi Pelletier, président de l’OBAKIR ; Daniel Pilon, président de la SCABRIC ; Jean-Paul Raîche, président du COGESAF ; Claude Sauvé, président de la Corporation du bassin de la Jacques-Cartier ; Alain Schreiber, premier vice-président de l’OBV de la Capitale ; Eve-Lyne Sylvestre, présidente de l’OBV Abitibi-Jamésie