Dans son texte « Une consultation, vraiment ? », Mario Girard déplorait avec justesse les vices de forme de la consultation publique menée actuellement par la Ville de Montréal sur ses orientations budgétaires. Allons plus loin en nous intéressant au sens des mots utilisés par l’administration Plante afin d’enrubanner de vertu cet exercice consultatif par sondage.

Sophie Hamel-Dufour
Sophie Hamel-Dufour Sociologue

D’entrée de jeu, il faut savoir qu’en matière de démocratie participative, le sondage se situe tout en bas de l’échelle de participation. S’il permet certes de joindre un grand nombre de personnes, le sondage se résume toutefois à une liste d’opinions dont il n’est possible de comprendre ni les significations ni les motivations réelles. Qu’on se le dise, un sondage laisse les élus devant un vide de sens.

En parlant de « consultation prébudgétaire », la Ville a tartiné sa documentation de mots forts qui laissent croire aux citoyens qu’ils participeront à un exercice de grande démocratie.

Parmi ces mots, qu’ont en commun « opinion », « idée », « interrogation » ? Ces trois mots, qui appartiennent à l’univers de la réflexion, sont fondamentalement associés au temps lent, ce temps qui permet de soupeser et d’évaluer différentes options. En clair, ces trois mots font appel à l’intelligence des citoyens. À l’opposé, dans un sondage, on fait souvent miroiter la rapidité en réduisant l’opinion à un « oui » et à un « non ».

Le sondage de la Ville ne fait pas exception. Est-il utile de rappeler qu’aucune décision politique valable ne devrait se fonder que sur des « oui » et des « non » ?

En braquant les projecteurs sur son sondage, même si la Ville ouvre une porte timide au dépôt de mémoires, elle berce les citoyens d’illusions en disant vouloir vraiment entendre leurs idées et leurs interrogations.

Enchaînons avec cette idée d’entendre les citoyens. Le document de la Ville reprend le vocabulaire convenu de la démocratie participative : entendre les Montréalais, recueillir leurs points de vue, échanger avec les élus, sensibiliser ces derniers à leurs préférences. Toutes ces actions expriment l’idée du débat et de la discussion. Peinte ainsi, la consultation apparaît conforme à l’idéal participatif où le dialogue entre les parties est au cœur du processus.

Le hic, et il est majeur, c’est qu’un sondage ne correspond en rien à un dialogue où plusieurs personnes échangent entre elles ; il n’est que collecte d’avis individuels exprimés de façon solitaire. Quant aux éventuels mémoires, la Ville va jusqu’à détourner le sens du dialogue participatif en ne prévoyant aucune audition, ni web ni avec distanciation.

Alors, quand la Ville de Montréal parle de rapprocher les citoyens des élus, elle pratique de la consultation d’apparat. Jolie, mais trompeuse.

Enfin, au regard du programme politique de l’administration Plante, lorsque l’on s’attarde au sens général de cette consultation prébudgétaire, il apparaît que cette dernière n’est qu’un leurre destiné à masquer un objectif voilé : celui d’obtenir la caution des Montréalais en vue de demander une dérogation au gouvernement du Québec.

Alors, quand la Ville de Montréal parle de transparence, mais qu’elle tait sa réelle intention, elle berne les citoyens.

Nous ne pouvons que déplorer ce dévoiement de sens de la part d’une administration qui, soulignant le 15e anniversaire de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), édictait en principe phare la démocratie participative. Force est de constater que la vertu est une qualité exigeante et qu’il est facile d’y trébucher. Surtout lorsqu’on devient un perroquet, oubliant le sens des mots, et espérant convaincre les citoyens en les hypnotisant par un lexique séduisant.