John Bolton, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, et Mary Trump, sa nièce, viennent chacun de publier un livre qui remet en question la compétence et le tempérament du président des États-Unis pour gouverner.

John Parisella John Parisella
Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

Bientôt, son ancien avocat Michael Cohen (sous le coup d’une peine d’emprisonnement) va ajouter à la critique avec sa propre publication…. Tout cela à la veille de l’élection à la présidence américaine !

Pendant ce temps, la pandémie continue de prendre de l’ampleur dans plusieurs États américains. Le bilan s’élève maintenant à plus de 4 millions de personnes infectées et près de 150 000 morts. Les experts médicaux parlent d’une résurgence. La deuxième vague est attendue pour l’automne.

Depuis plusieurs semaines, les sondages démontrent une tendance lourde contre la réélection de Donald Trump. Dans les enquêtes à l’échelle nationale, il tire de l’arrière avec une moyenne avoisinant les 10 %.

Dans certains États clés, dont ceux qui lui ont permis de gagner le collège électoral, donc la présidence en 2016, la situation n’est guère mieux. Au moment d’écrire ces lignes, Trump tire de l’arrière au Michigan, en Pennsylvanie et au Wisconsin.

Les manifestations déclenchées à la suite du meurtre de George Floyd à Minneapolis le 28 mai perdurent, et le président semble dépassé par les évènements. Rien pour réconforter l’électorat américain.

Même si son parti de façon générale lui reste fidèle, des républicains influents, dont certains ont servi sous Ronald Reagan et les présidents Bush père et fils, expriment maintenant leur dissidence publiquement. Un mouvement appelé Lincoln Project s’est formé et fait ardemment campagne dans les médias sociaux contre sa réélection. Tout récemment, le président de l’Association nationale des gouverneurs, le républicain Larry Hogan du Maryland, a refusé d’endosser Trump pour la présidence.

Sur le plan économique, les impacts continuent de se faire ressentir. Plus de 50 millions d’Américains se sont inscrits à l’assurance-chômage depuis le début de la pandémie. Et les experts prévoient un taux de chômage de plus de 10 % au moment de l’élection. C’est donc dire que l’atout sur lequel Trump misait pour sa réélection est grandement compromis.

Bref, crise de santé hors de contrôle, mauvais sondages, tensions raciales, économie en récession, dissidence au sein de son propre parti… pas de doute, Trump est dans la tourmente !

Les ratés de Trump

Les sondages l’affirment : c’est la gestion de la pandémie par Trump et son administration qui a semé le doute quant à la possibilité qu’il puisse décrocher un deuxième mandat. Son insouciance du départ, le manque de préparation et de plan d’action, ses conflits avec les experts médicaux, ses messages souvent contradictoires et ses règlements de compte avec ses adversaires politiques et les médias jugés défavorables ont caractérisé sa gestion de crise de la COVID-19.

Ses points de presse quotidiens en avril et en mai se sont soldés par un échec. Même s’il vient de reprendre une nouvelle formule de rencontres quotidiennes avec les journalistes sur la gestion de la pandémie, le mal est fait.

Son discours relatif aux tensions raciales et la vague de protestations qui déferle sur les États-Unis polarisent davantage. Sa défense des symboles associés à l’esclavage et à la guerre civile contribue encore plus à la division sociale.

L’organisation électorale du président Trump en ressent les contrecoups. Un récent rallye à Tulsa s’est soldé par un échec, attirant un nombre de partisans largement sous les attentes. Son directeur de campagne, Brad Parscale, a été remplacé par la suite.

Jeudi dernier, en raison des ravages du coronavirus en Floride, Trump a dû se résigner à annuler la convention républicaine qui devait se tenir à Jacksonville au mois d’août.

Trump contre-attaque

Il ne fait pas de doute que si cette élection devient un référendum sur Trump, les démocrates seront favorisés le 3 novembre et le contrôle du Sénat, actuellement dirigé par les républicains, pourrait être en jeu. Le président en est conscient.

Depuis tout récemment, il tente de changer la donne. Après avoir résisté au port du masque pendant des mois, il se montre publiquement le visage couvert affirmant qu’il s’agit là d’un « geste patriotique ». Il milite en faveur de l’ouverture des écoles le mois prochain et parle à chaque occasion des progrès réalisés dans le développement de vaccins contre la COVID-19. Et il va même jusqu’à en prendre le crédit.

Au chapitre de « la loi et l’ordre », Trump accuse les démocrates d’être sous l’emprise de gauchistes radicaux et d’anarchistes, affirmant que son adversaire Joe Biden est trop faible pour leur résister. Encore tout récemment, la Maison-Blanche a déployé des agents fédéraux (sous la gouverne du département de la Sécurité intérieure) dans de grandes villes telles Portland, Chicago, Seattle et Albuquerque (toutes dirigées par des maires démocrates) pour y restaurer ce qu’il appelle « la paix et le respect des forces policières ».

C’est sans compter qu’il va jusqu’à remettre en cause la légitimité de l’élection présidentielle à venir, semant le doute sur la méthode de scrutin par la poste qui sera utilisée en raison de la pandémie.

Comme il affirme régulièrement sur Twitter que ce sera l’élection la plus frauduleuse de l’histoire américaine, on peut se demander si Trump va accepter les résultats en cas de défaite.

L’avance de Joe Biden

Pendant ce temps, Joe Biden mène une campagne relativement discrète. Ses sorties publiques se concentrent surtout à réagir aux actions du président.

Il évite les grandes déclarations et s’affaire à énergiser la coalition démocrate. Ses adversaires lors de la lutte pour la nomination se sont ralliés avec spontanéité et enthousiasme. Et Barack Obama reprend du service pour la cause, ce qui ne nuit pas à l’unité du parti.

PHOTO MATT SLOCUM, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Joe Biden en Pennsylvanie à la fin juin

Les sondages montrent que Biden détient actuellement son avance grâce à la coalition de Hillary Clinton en 2016 et à l’électorat féminin dans les banlieues, électorat qui s’est manifesté pour les démocrates lors des élections de mi-mandat en 2018. Il fait aussi une percée auprès des électeurs de plus de 65 ans qui avaient majoritairement voté pour Trump en 2016.

Même s’il est trop tôt pour prédire la victoire de Biden, reste que le Parti démocrate semble actuellement plus uni qu’il ne l’était sous Hillary Clinton en 2016. Son grand défi sera la mobilisation de son électorat.

À venir d’ici le 3 novembre

Dans quelques jours, Joe Biden fera connaître le nom de sa colistière. Ce choix sera scruté à la loupe, car s’il gagne l’élection, Biden sera âgé de 78 ans lors de son entrée en fonction en janvier 2021.

Pandémie oblige, les deux partis tiendront aussi des rassemblements en août qui seront différents des conventions traditionnelles. En mode virtuel, le défi sera bien sûr de s’assurer une intense couverture médiatique. Il faut se rappeler que dans le passé, les conventions pouvaient influencer la trajectoire d’une campagne.

D’ici le 3 novembre, il reste encore beaucoup de temps et on peut prévoir de nombreux rebondissements. La pandémie est loin d’être terminée. Et Trump peut toujours reprendre du galon.

Mais il faut garder à l’esprit qu’en 2016, les électeurs américains avaient à choisir un nouveau président. Barack Obama ayant terminé ses deux mandats, le changement s’imposait. En 2020, la vraie question sera avant tout : veut-on garder Donald Trump à la Maison-Blanche ?