Les témoignages d’agressions sexuelles se multiplient récemment. Ce troisième mouvement de dénonciations a la particularité de lever le voile sur l’identité des agresseurs, au grand désespoir de ceux qui préfèrent ne pas savoir ou qui pensent que la seule voie à suivre est celle de la justice traditionnelle.

Manon Massé et Christine Labrie
Respectivement porte-parole de Québec solidaire et députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, et porte-parole de Québec solidaire en matière de condition féminine et députée de Sherbrooke

Aux victimes, nous souhaitons vous dire que nous vous avons lues avec une grande attention. Nous avons ravalé des larmes et des cris de colère devant vos témoignages. Nous saluons votre courage, car nous savons combien il est difficile de dévoiler ses blessures en craignant de ne pas être crues.

Nous vous croyons. Nous savons que vous n’êtes que la pointe de l’iceberg, puisque les statistiques sont claires : une femme sur trois et un homme sur six sont victimes d’agression sexuelle au cours de leur vie. Plusieurs refusent de le reconnaître, mais nous vivons encore aujourd’hui dans une société qui banalise le harcèlement et les agressions sexuelles à coups de « c’est une blague », « prends-le comme un compliment » ou « tu avais juste à dire non ». Une société qui encourage l’objectification du corps des femmes dès l’enfance, et dont les institutions ont été mises sur pied à une époque où les hommes estimaient que les femmes n’existaient que pour combler leurs besoins.

Une société empreinte de culture du viol, où les femmes ont davantage à craindre pour leur sécurité et leur intégrité que les hommes, malgré tous les beaux discours sur l’égalité.

Certains grincent des dents face à ces dénonciations et soutiennent que le moyen choisi nuit à la présomption d’innocence, qu’il faut déposer une plainte. Pourtant, la réputation d’une personne visée par une plainte est rarement épargnée jusqu’à une condamnation, en dépit de la présomption d’innocence. Et si la société n’attend plus une condamnation officielle pour réprouver les auteurs allégués d’inconduites sexuelles, c’est peut-être à force de constater que le système ne permet pas toujours d’obtenir justice pour ces agressions qui se déroulent dans l’intimité et qui peuvent difficilement être prouvées hors de tout doute raisonnable, ou parce que certains comportements inacceptables ne sont pas nécessairement criminels.

De profondes racines

Les difficultés de notre système de justice à répondre aux besoins des victimes sont évidentes et font certainement partie du problème, mais attention de ne pas se leurrer : la racine est bien plus profonde. Dans les sociétés démocratiques, les systèmes de justice, les lois, la jurisprudence, la manière dont on traite les victimes et les contrevenants sont toujours le reflet des sociétés qui les élaborent. Les changements à ce système sont à la remorque de l’évolution des mentalités.

Si dans nos familles, nos entreprises et nos institutions nous continuons à banaliser le harcèlement et les agressions sexuelles, à chercher des excuses aux agresseurs et à remettre en question le vécu des victimes, comme c’est encore trop souvent le cas, nous ne pouvons pas nous étonner que le système de justice en fasse autant.

Si nous voulons que ça change, et nous sommes manifestement de plus en plus nombreux et nombreuses à le souhaiter, notre rôle en tant que citoyens est de briser ce silence et de déconstruire cette culture du viol.

C’est pour cette raison que les témoignages qui se multiplient nous remplissent d’espoir. Non seulement ils contribuent à protéger les autres, mais ils envoient le signal que les inconduites sexuelles ne seront plus tolérées ni vécues en silence. Souhaitons que cela contribue à favoriser le respect du consentement.

Ce troisième mouvement, comme les deux premiers, fait avancer les mentalités à pas de géant. Les Québécois sont de plus en plus sensibilisés. Ils souhaitent que les agressions cessent et que les victimes soient mieux soutenues. Et notre rôle, en tant que politiciennes, est de nous assurer que cette évolution des mentalités se reflète dans toutes nos institutions : qu’on enseigne le respect du consentement et les relations égalitaires, qu’on améliore l’accès au soutien psychologique et le financement des ressources d’accompagnement, qu’on réforme le système de justice et les services policiers pour mieux accueillir les victimes et qu’on développe des mécanismes de justice réparatrice pour élargir leurs options. C’est tout un chantier que l’on doit entreprendre, et vous pouvez compter sur nous. Votre cri a été entendu.