Les débats sur la fin des aides financières en lien avec la COVID-19 et la relance économique du pays devraient nous amener à considérer l’idée d’instaurer un revenu minimum garanti.

ANTOINE DIONNE CHAREST ANTOINE DIONNE CHAREST
Doctorant en philosophie à l’Université de Montréal

Qu’est-ce qu’un revenu minimum garanti ? C’est un dispositif qui offre une garantie financière pour tous dont le montant est relié à un seuil minimal. Autrement dit, c’est un plancher financier sur lequel tout le monde peut s’appuyer.

On a tendance à confondre le revenu minimum garanti avec l’allocation universelle qu’on verse à tous les citoyens, qu’ils soient riches ou pauvres. Or, cela n’est qu’une façon parmi d’autres d’instaurer un revenu minimum garanti.

Celui-ci peut également prendre la forme d’un impôt négatif, où une personne qui est en dessous d’un certain seuil reçoit un crédit d’impôt remboursable, ou d’un soutien au revenu qui fournit aux moins nantis des ressources financières minimales.

Pourquoi instaurer un revenu minimum garanti ?

En fait, il existe déjà. Si on additionne notamment la pension de la Sécurité de la vieillesse, le Supplément de revenu garanti, l’Allocation canadienne pour enfants, l’Assurance-emploi et bien d’autres programmes provinciaux, on peut dire qu’il existe quelque chose comme un revenu minimum garanti.

Ces programmes sont toutefois coûteux, complexes et parfois contradictoires. Ils requièrent une bureaucratie considérable et ils forment un système opaque, de sorte qu’il est difficile pour les citoyens de savoir à quels programmes ils ont droit et à quelles conditions.

À cela s’ajoute le fait que certains programmes ont un effet stigmatisant pour les citoyens qui en bénéficient ou qui souhaiteraient en bénéficier.

En fusionnant une partie de ces programmes, le revenu minimum garanti simplifierait le système actuel, réduirait la taille et les coûts d’administration et rendrait l’aide au revenu plus cohérente.

Il aurait été beaucoup plus simple de soutenir les personnes à faible revenu ayant perdu leur emploi à cause de la COVID-19, puisque les gouvernements n’auraient eu qu’à ajuster le revenu minimum garanti.

Un revenu minimum garanti paie-t-il les gens à ne rien faire ?

C’est une question qu’on pose souvent. Or, pour plusieurs citoyens, la véritable question aujourd’hui est plutôt de savoir s’il faut continuer de bénéficier de certains programmes, quitte à rester au chômage, ou d’intégrer le marché du travail.

De plus, on ne travaille pas seulement pour subvenir à nos besoins essentiels, mais parce que c’est principalement par le travail que chacun peut s’intégrer à la société et s’y épanouir.

Notons que 70 % des Canadiens qui sont en dessous du seuil de pauvreté ont un emploi et que, malgré cela, ils sont incapables de joindre les deux bouts. Cela devrait interpeller ceux pour qui la pauvreté n’est attribuable qu’aux individus.

Le Canada a d’ailleurs fait l’expérimentation du revenu minimum garanti pour les ménages, dans la ville de Dauphin, au Manitoba, et les résultats ont été positifs.

On pourrait croire qu’il s’agit d’une réforme coûteuse et complexe. Or, il s’agit de fusionner des programmes et non d’en créer de nouveaux.

Il est néanmoins vrai que cela implique un certain niveau de complexité étant donné qu’il faudrait idéalement fusionner plusieurs programmes fédéraux et provinciaux.

Mais l’adoption du premier régime canadien de santé universel en Saskatchewan comportait aussi son lot de complexité, de même que l’adoption, quelques années plus tard, de régimes similaires par les autres provinces et le gouvernement fédéral.

Même si l’adoption d’un système de soins de santé fut complexe, les ordres de gouvernement ont réussi à s’entendre sur un cadre commun. Aujourd’hui, le Canada dispose d’un système de soins de santé universel qui, malgré ses faiblesses, fait la fierté des Canadiens.

Un revenu minimum garanti offrirait non seulement un plancher financier plus efficace et plus juste, mais il constituerait un projet commun qui rehausserait la productivité et la qualité de vie des Canadiens.