Vous avez sûrement déjà vu une publicité de ceinture électrique amincissante : vous l’enfilez autour de la taille, elle vibre, et vous perdez du poids sans faire d’autre effort que de celui de l’acheter et de la porter. Son efficacité est telle… qu’aucun médecin ne la recommande. Personne ne songe à l’utiliser pour lutter contre l’épidémie d’obésité qui afflige le monde, incluant le Québec. Dans la pyramide d’actions contre l’obésité, il y a à la base une saine alimentation et de l’exercice physique. La ceinture électrique ne s’y retrouve pas.

Pierre-Olivier Pineau Pierre-Olivier Pineau
Professeur titulaire, chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal

Ce n’est malheureusement pas que dans la lutte contre l’obésité que certains présentent de fausses solutions électriques. Il y a aussi la lutte contre les changements climatiques. Pour le gouvernement du Québec, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) passerait en priorité par l’électrification, sans autre effort que celui de recevoir une subvention pour acheter une voiture électrique et une borne de recharge. Pas plus d’exercice, pas de changement d’habitudes – la fée électrique va éliminer les GES et faire la lutte à notre place. C’est du moins ce que le gouvernement prépare avec sa Politique-cadre d’électrification et de lutte contre les changements climatiques, renommée Plan pour une économie verte, selon les informations obtenues par La Presse récemment.

Malheureusement, tout comme les médecins ne recommandent pas la ceinture électrique pour maigrir, mais des stratégies beaucoup plus draconiennes, la réduction des GES devra aussi passer par des approches qui impliquent nécessairement des changements en profondeur. Il n’y aura pas de miracle.

Un véhicule électrique a beaucoup d’avantages (bien plus que la ceinture électrique amincissante !), mais il demande beaucoup d’énergie pour être construit. Il ne change rien à l’aménagement actuel du territoire, qui repose sur des infrastructures énergivores. Il n’a aucun impact sur les bâtiments dans lesquels nous vivons, travaillons et consommons. Il ne remet pas en question notre alimentation, directement responsable de plus de 10 % des GES.

En somme, électrifier ne peut pas être notre priorité dans la lutte contre les changements climatiques. Il faut surtout repenser nos manières de faire les choses, réduire notre consommation d’énergie, et s’assurer ensuite d’avoir des énergies non émettrices de GES pour satisfaire nos besoins.

Évidemment, l’électricité du Québec – largement hydroélectrique – aura un grand rôle à jouer. Les autres énergies vertes aussi : de la géothermie aux biocarburants, sans oublier le gaz naturel renouvelable. À la base de la pyramide d’action contre les changements climatiques, cependant, il y a d’abord les économies d’énergie et des modes de vie moins émetteurs de GES.

Tout plan d’action contre les changements climatiques, surtout s’il vise des objectifs ambitieux, doit mener à des changements structurels dans notre consommation. Changer notre approche en transport en adoptant une mobilité durable (transports actifs, en commun, autopartage, télétravail, transport ferroviaire), rénover les bâtiments pour diminuer de 80 % leur consommation d’énergie (comme le font les bâtiments passifs), accompagner l’industrie pour rendre ses technologies et procédés non émetteurs et enfin diminuer la quantité de calories de sources animales que nous mangeons – les sources végétales sont beaucoup moins émettrices et tout autant nutritives.

Pour arriver à ces changements structurels, les outils à adopter doivent dépasser les subventions et les bons sentiments. Il faut des investissements dans des infrastructures durables, mais surtout redresser nos travers : nous ne sommes pas devenus des hyperémetteurs de GES sans rien avoir fait de mal ! Une fois la reconnaissance de nos mauvaises habitudes faite, la meilleure manière de les changer est de nous donner les outils et les incitatifs pour le faire. De l’information, des formations, des réglementations, mais aussi des prix reflétant les dommages environnementaux de nos achats sont nécessaires. Tout cela est possible dans le respect de chacun et avec plus d’équité, mais il faut évidemment préparer le terrain et y aller par étape.

En faisant croire à la population qu’il existe des solutions sans effort, le gouvernement actuel commet les mêmes erreurs que tous les précédents. Ce mensonge doit être dénoncé : réduire les GES ne sera pas une question d’électrification, ce sera une question de transformation de notre société. Ne laissons pas les infopubs et les publireportages guider nos politiques énergétiques et environnementales. L’atteinte des cibles de 2030 est possible, mais elle demandera des efforts autrement plus profonds que l’ajout de nouvelles prises électriques.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Pour le gouvernement du Québec, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) passerait en priorité par l’électrification, sans autre effort que celui de recevoir une subvention pour acheter une voiture électrique et une borne de recharge, souligne l’auteur de ce texte.

LA PRESSE BERNARD BRAULT

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoît Charette