Il y a Zack*, 6 ans, qui préfère les robes et le maquillage aux petites voitures. Il y a Gabrielle, 13 ans, qui se sent parfois fille, parfois garçon. Il y a Jeanne, 15 ans, de sexe féminin assigné à la naissance, mais qui rêve de débuter la nouvelle année scolaire comme garçon, sous le nom de Jonathan.

Lyne Chiniara et Nicholas Chadi
Fondateurs et codirecteurs de la clinique de diversité du genre du CHU Sainte-Justine **

Durant l’enfance et l’adolescence, il est tout à fait normal de se questionner par rapport à son identité et son expression de genre. Pour certains, c’est une période difficile, qui peut susciter des tensions avec la famille, et un sentiment d’incompréhension, d’isolement et même de détresse. Pour d’autres, c’est une étape libératrice, qui soulage et permet de s’épanouir dans le genre ressenti.

En tant que codirecteurs de la clinique de diversité du genre du CHU Sainte-Justine, nous sommes fiers de pouvoir offrir des services médicaux et du soutien aux familles de jeunes qui s’identifient comme étant trans, queer, non binaires, bi-spirituels, fluides, ou en questionnement par rapport à leur identité du genre. Notre travail nous permet de rencontrer des jeunes et des familles qui nous inspirent par leur courage et leur vision, et qui nous touchent par leur résilience et leurs rêves. Pas une journée en clinique ne passe sans que nous ne constations le nombre de barrières, d’obstacles et de défis auxquels ces jeunes et ces familles font face. Des évènements rassembleurs comme le mois de la Fierté nous permettent de souligner les besoins criants d’acceptation et d’ouverture pour nos jeunes se trouvant sur le spectre de la diversité du genre.

Encore aujourd’hui, trouver un professionnel de la santé qui possède la formation, l’expertise et l’expérience, ainsi que les outils nécessaires pour offrir des soins qui répondent aux besoins de la patientèle LGBTQ2SNB+ peut relever de l’exploit. Trop peu d’écoles ont des toilettes de genre neutre ou des ressources dédiées pour accompagner les jeunes qui vivent des questionnements par rapport à leur identité du genre. Souvent, même les petites actions, les petits mots, valent de l’or. Pour un ou une jeune cherchant à affirmer son identité de genre, l’utilisation d’un seul pronom ou prénom choisi par le/la jeune, peut faire un monde de différence et démontrer le soutien qu’on lui donne.

Chez les ados, la période de la puberté est souvent parsemée d’embûches et de défis. C’est durant cette période que plusieurs jeunes commencent à se questionner par rapport à leur identité du genre, ou qu’une détresse s’ajoute à ce questionnement préexistant.

La pandémie de COVID-19 a mené à plusieurs interruptions, annulations et suspensions de services, mais une chose est bien certaine : elle n’a pas stoppé la puberté de dizaines de milliers de jeunes québécois, ni annulé les besoins criants des jeunes se questionnant sur leur identité du genre.

Profitons de ce mois de la Fierté pour encourager nos jeunes à s’exprimer librement, et à aller chercher le soutien dont ils ont besoin pour s’épanouir. Donnons-leur un espace sécurisant et acceptant, et démontrons notre soutien et notre respect. Saisissons cette occasion pour promouvoir des messages d’acceptation de toutes les différences, qu’elles soient liées à la couleur de la peau, l’origine ethnique, l’orientation sexuelle, ou l’identité du genre.

Tous les jeunes du Québec devraient pouvoir exprimer et explorer leur identité du genre en toute confiance, sans craintes de représailles ou de discrimination. Dans une société valorisant la tolérance, l’acceptation et l’ouverture, permettons à nos jeunes de grandir avec fierté.

* Les prénoms sont fictifs

** Lyne Chiniara est endocrinologue pédiatrique et Nicholas Chadi est pédiatre spécialisé en médecine de l’adolescence

> Consultez le site d’Enfants transgenres Canada