La chose peut paraître curieuse puisque la saison 2020 des festivals et événements a été très généralement compromise, mais les organisateurs de ces rendez-vous et les associations qui les représentent travaillent en ce moment d’arrache-pied.

Martin Roy Martin Roy
Président-directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux et directeur général de Festivals et Événements majeurs

Sur la planche à dessin, un triple chantier. D’abord, le colossal travail « sanitaire », où tous évaluent, pour chacune des étapes d’un éventuel festival présenté en « personne », ce que la nouvelle réalité de la COVID-19 implique. Il est déjà prévisible qu’en plusieurs cas, le contrôle de sécurité soit doublé d’un contrôle « sanitaire » qui devrait comprendre, au minimum, une désinfection des mains, des questions au sujet des symptômes et la communication de consignes.

Le monde festivalier est mobilisé pour mettre en place des principes et des guides qui seront soumis prochainement à la santé publique.

En sachant que la mise en œuvre de ces plans aura par la suite à subir l’épreuve des chiffres, car, à supposer que la panoplie de mesures gonfle les factures alors que la capacité d’accueil se trouve en même temps réduite, l’équilibre budgétaire sera compromis et des modèles d’affaires devront être révisés.

Le deuxième chantier est celui que personne n’oserait plus qualifier de « réinvention », mais bien de diversification ou de l’éclatement des activités. Soyons clairs : aucune technologie ne remplacera jamais le moment de communion que peuvent vivre les festivaliers entre eux et avec les artistes, sportifs et autres, « en vrai », pas plus que les radio-théâtres n’ont effacé 2500 ans de tradition au théâtre. Mais la crise a créé des occasions : certains ont à la hâte fait des diffusions sur le web, d’autres ont proposé de nouvelles formules. Les ciné-parcs sont redevenus des lieux de rassemblement pour le cinéma, certes, mais aussi pour la musique et l’humour.

Une carte dans leur manche

En 2021, tous les festivals et événements devront avoir de ces activités « COVID-proof » encore plus élaborées dans leur jeu, comme autant de jokers qu’ils pourront abattre s’il devait y avoir une deuxième vague. Ces cartes leur permettront de garder en place leurs équipes, leur expertise, tout en offrant aux Québécois autre chose qu’un coma culturel qu’ils n’ont aucunement mérité. Les événements connaissent la menace. Ils ont été pris au dépourvu cette année, mais on ne devrait pas les y prendre deux fois !

Enfin, et troisièmement, le Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI) et Festivals et Événements majeurs (FAME) travaillent de concert avec les gouvernements au nom des quelque 500 événements qu’ils représentent à travers le Canada. Si, dans l’ensemble, les subventionnaires ont su rester aux côtés des événements qui ont en un instant perdu toutes leurs sources de revenus autonomes — tout en ayant engagé depuis des mois d’importantes dépenses —, de nombreux défis subsistent.

À ce stade-ci, par exemple, on peut estimer que pour les seuls membres du RÉMI les déficits cumulés représenteront entre 10 et 15 millions de dollars, et que ce chiffre grimpera à plus de 100 millions pour l’ensemble des événements canadiens.

C’est un imposant boulet si on mise sur une reprise rapide. En ce milieu, les organismes à but non lucratif sont très nombreux et n’ont ni provisions ni capitalisation. La plupart de ces organismes sans but lucratif auront donc besoin d’un coup de pouce supplémentaire pour financer (avec des prêts) et éponger (avec des subventions) ces pertes significatives.

Puisque le tiers des dépenses des festivaliers vont en temps normal dans les caisses des restaurateurs et le quart dans celles des hôteliers, qui sont tous très fortement touchés, il sera largement bénéfique de miser sur les événements dans l’après-crise. À cet effet, le RÉMI et FAME ont soumis l’exemple du Programme de manifestations touristiques de renom (PMTR) qui, après la crise de 2008, est venu injecter près de 100 millions sur deux ans dans l’événementiel.

Un PMTR 2.0, doit rapidement être conçu, a priori par la ministre Mélanie Joly. Si le gouvernement bougeait dans ce dossier, avec en tête une relance qui s’étale sur deux ou trois ans à partir du printemps prochain, les festivals disposeraient tous et dès maintenant d’assez de temps pour que l’effet de cet investissement soit maximal. Alors, oui, ensemble, bougeons, pour une guérison sociale, culturelle, économique et touristique. Pour les festivaliers eux-mêmes et pour l’avenir des festivals et événements. Car jamais leur absence n’a été ressentie comme cet été.