Les parasites informationnels sont légion en ces temps de COVID-19 et ils fourmillent sur les réseaux sociaux. Comment s’en étonner ? Entre une vérité complexe demandant un certain recul pour (mieux) comprendre et les fake news, un public impuissant face à une réalité qui lui échappe n’hésite pas. Le choix est « simple ». Dans tous les cas, les faits ne sont-ils pas toujours « construits » ?

Antoine Char Antoine Char
Professeur associé, École des médias, UQAM

« Il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations », nous rappelait d’ailleurs Friedrich Nietzsche (1844-1900).

Il n’y a jamais eu une « ère de vérité ». Rumeurs et fausses nouvelles ont une longue histoire. Mais, plus que jamais les réseaux sociaux ont tendance à privilégier les informations consolidant des opinions bien ancrées et à ignorer ou négliger celles les contredisant.

Ils sont devenus une formidable caisse de résonance de ces « biais de confirmation ».

Chaque citoyen vit dans des bulles cognitives, dans la chaleur rassurante de ses propres vérités. Il veut à tout prix une vérité, n’importe laquelle, pourvu qu’elle le calme, surtout en temps de crise. Ce phénomène est symptomatique de toute crise.

« Voix alternatives »

Facebook, par exemple, l’an dernier, a fermé 5 milliards de comptes répandant de fausses nouvelles. Rien n’y fait. La complexité de toute crise pousse bien souvent le public à se tourner vers des « voix alternatives » qui, sur-le-champ, vont « tout expliquer ».

Les théories les plus folles, conspirationnistes ou non, se propagent alors aussi vite que le virus. Résultat : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) emploie déjà le néologisme d’infodémie pour qualifier la couverture de la COVID-19 sur les réseaux sociaux.

Pendant ce temps que font les médias traditionnels ?

Ceux pour qui la confrontation des sources reste une règle d’or, cherchent à se retrouver dans l’incohérence des informations provenant des données gouvernementales, médicales ou scientifiques.

Et là encore, une fois la complexité de la COVID-19 mise à nu, cela permet-il vraiment au citoyen resté attaché aux médias traditionnels de comprendre la situation où il vit ?

Peu importe le contexte, l’information en temps de crise doit plus que jamais être validée. Cela est une évidence. Mais, quand les fake news coulent de source dans la médiasphère, la tâche est herculéenne. Comme le rappelait déjà Mark Twain (1835-1910), « un mensonge peut faire le tour de la Terre le temps que la vérité mette ses chaussures ».

Reste que l’information des médias traditionnels sur la COVID-19 n’a pas été trop contaminée.

Fragilisés économiquement par les réseaux sociaux, ils ont dans l’ensemble, privilégié l’expertise et le débat au sensationnalisme des fake news pour qui aucun vaccin ne sera jamais trouvé.